Julia est une jeune femme qui travaille au Parlement européen de Strasbourg comme attachée de presse. Sa vie va basculer le jour de sa rencontre avec un jeune homme à l'accent indéfinissable. Ce petit homme en question s'appelle Fergus Bond mais c'est à l'évidence une identité d'emprunt et on découvrira au fil des pages un personnage menacé et pourchassé semble-t-il pour les étranges cahiers d'écolier qui remplissent sa valise.
Le Graal européen du roman nous plonge au cœur de Babel, là où partir en quête d'un monde nouveau se conjugue avec la difficulté d'établir un contact. Roman sur le polyglottisme, faculté bien réelle de parler beaucoup d'idiomes, le livre nous fait découvrir le trésor empoisonné de cette communauté européenne.
On avait découvert Fergus Bond dans un premier roman, "Bons baisers d'Europe" où il était le représentant polyglotte de la Communauté, et ce préquel nous raconte aujourd'hui l'enfance et le parcours miné de l'exil vers ce désir de "prendre langue" avec les autres.
Les Frontières imbéciles – Philippe Mouche – Actes Sud Gaïa – 272 pages – 22€ - *** Lionel Germain
"Et, tandis que les ténèbres du soir s'installaient, que la pièce se remplissait d'ombre à l'exception de la lueur émanant de son écran, elle sentit un malaise diffus, une inquiétude vague la gagner. Car, plus elle avançait dans sa lecture, plus les recherches que menaient ces gens lui paraissaient transgressives et dangereuses pour l'espèce humaine."
Ruptures – Bernard Minier – XO éditions – 550 pages – 22,90€ - ***
"Le retour gagnant de Lucia Guerrero" (Black-Libelle)
La fête chez Brad dégénère lors de l’intervention de la police. L’agent principal (Senior Constable) Sandra Ali (Roxie Mohebbi), blessée à la tête par un parpaing, doit être évacuée à l’hôpital tandis que son agresseuse prend la fuite.
A Blacktown, banlieue populaire de Sydney, la course poursuite s’engage pour retrouver celle qui a été identifiée comme auteure des faits, Dalia Tun (Zoe Boe), une lycéenne au parcours chaotique vivant en foyer. Aperçue près d’une station de train par Zilficar "Zil" Ahmed (Akshaye Khanna), officier de police compétent, reconnu et apprécié de ses pairs, elle disparaît dans la foule.
En pleine intervention sur un quai bondé, Zil bouscule et blesse grièvement un écolier. Cet incident tragique va bouleverser les vies du policier et de la fugitive lorsqu’une enquête est ouverte afin d’éclaircir les circonstances précises de cet accident. Qui devient très vite un sujet brûlant sur les réseaux sociaux, dans les médias et au sein même de la police.
L’enquête interne va être menée par la sergente Edith Barcelos (Simone Kessell) qui devra s’interroger sur la question cruciale de la responsabilité personnelle et/ou de la faute du système lui-même. Zil, épuisé par des heures de travail accumulées, a-t-il cédé à la panique? A-t-il été victime d’une pression institutionnelle trop lourde? Dalia Tun, quant à elle, adolescente suivie par les services sociaux, n’est pas une délinquante ordinaire, mais le produit d’une jeunesse sans protection, incomprise et trop souvent abandonnée à son sort.
Ancienne avocate, la scénariste Sarah Bassiuoni, fine connaisseuse des coulisses de la justice et de la police, construit une série à l’intrigue tentaculaire, aux six épisodes ultra-tendus. Un récit réaliste et sans filtre, tranchant et sans effets gratuits, dans lequel chaque personnage trouve, avec nuance, sa propre résonnance: Zil, traumatisé par sa faute, décidé à présenter ses excuses et à aider Dalia, qui a basculé dans la criminalité, Edith, qui doute et essaie de comprendre, Sandra, ballottée dans ses convictions.
Thriller social intense, profondément sincère et humain, la série questionne sans détours les dérapages majeurs de la société australienne: abus du pouvoir policier, juridictions corrompues, racisme latent, jeunesse sacrifiée. L’âpre trajectoire des destins brisés fait de "Critical Incident" un manifeste bouleversant et sans concession.
Critical Incident – 1 saison, 6 épisodes (52 mn) – Polar+/C+Séries - *** Créée par Sarah Bassiuoni Réalisée par Daniel Nettheim, Neil Sharma Avec Akshaye Khanna, Zoe Boe, Simone Kessell, Jai Waetford, Hunter Page-Lochard Alain Barnoud
Antoine Albertini, journaliste au monde et auteur d'un roman historique, nous livre ici un patchwork de littérature où l'on bascule dans l'étrange en passant du roman noir au fantastique.
Intemporalité, incertitude géographique, tout se noue dans un village de montagne imprécis, Fumacciula ("ombre" et "orgueil"?), qui pourrait aussi bien être en Corse qu'en Sicile ou en Sardaigne. Sur cette île, le personnage d' Ercole Forcas, avocat à la retraite atteint d'un mal mystérieux, va essayer de résoudre dans sa fonction de juge de paix le meurtre d'un vagabond qu'on a découvert mutilé, apparemment par une bête sauvage.
Ercole Forcas est amoureux d'une femme avec laquelle il entend vivre une dernière expérience, se sauver peut-être de lui-même mais surtout échapper à cette rumeur de monstre.
Le roman est écrit dans une langue qui ressemble aux traductions de Serge Quadruppani pour les romans de Camilleri, mélange d'italien et de sicilien où foisonnent les néologismes. Avec pour Albertini, ce basculement vers un "ailleurs" du polar qui n'est pas sans charme mais peut éventuellement dérouter les "puristes" du genre.
Vous le regarderez comme impur - Antoine Albertini – Seuil cadre noir – 240 pages – 19,90€ - *** Lionel Germain
Monter sa petite entreprise à la mode des réseaux sociaux nécessite un scénario comme celui de Tammy et Kevin, un jeune couple qui va tenter de traverser l'Amérique en racontant l'histoire de leur amour parfait.
On sait dès les premières pages que Kevin a tout fait foirer en assassinant sa petite amie et c'est ce paradoxe qu'analyse Joyce Maynard. Les followers ne sont pas légion au premier temps de la valse, celui de la romance en camping-car. En revanche l'audimat explose après la mort de Tammy.
On suit par à-coups le couplet des parents, hostiles, incrédules puis horrifiés. Mais le refrain le plus glaçant est celui de Roxanne, jeune femme obsédée par l'idée de devenir l'amie de la jeune "influenceuse". Avec sa chienne Valérie, un bichon havanais, elle vampirise le drame de Kevin et tient la promesse que nous font les auteurs de romans: nous tenir en laisse jusqu'à la dernière page.
L'influenceuse - Joyce Maynard – Traduit de l'américain par Laurence Richard – Philippe Rey – 176 pages – 17€ - *** Lionel Germain
Majid Müller, le tueur à gages de Jacky Schwartzmann s'apprête à exécuter un pédocriminel. Mais il suffit parfois d'un grain de sable pour se retrouver plongé dans un engrenage de quiproquos mortels.
Dans "Beyrouth Forever", David Hury décrypte l'essentiel des maux libanais avec un personnage de vieux flic pris dans la tourmente des réseaux sectaires et corrompus.
L'autrice franco-suédoise réussit un thriller à la mise-en-scène parfois spectaculaire mais qui pose aussi les bonnes questions sur le traitement judiciaire des affaires de viol en Suède.
Un roman à l'écriture hypnotique sur la dérive d'un homme de quarante ans dont l'amour des femmes semble se heurter à un réel désenchanté. Quand Ilyas, prof de sport de combat, rencontre Élodie, flic aux stups, tout part en vrille.
Michèle Pedinielli: "Un seul œil", L'aube poche noir
Nouvel épisode d'une série qui met en scène l'une des héroïnes les plus singulières du roman noir français. "Boccanera" la Niçoise enquête sur l'accident suspect qui frappe un de ses amis.
Votez jusqu’au 5 juillet sur le site pour le roman de votre choix. Un tirage au sort parmi les votants désignera trois gagnants qui seront récompensés lors de la soirée d'ouverture du salon le 9 octobre, parc de Mandavit à Gradignan (33).
Barry Berkman, ancien Marine, solitaire, souffrant de syndrome post-traumatique (Afghanistan), est devenu un tueur à gages low-cost, dépressif et détestant son job. "Managé" par Monroe Fuches (Stephen Root), un ami qui lui veut du bien mais surtout qui voudrait le voir réussir ses missions pour le compte de mystérieux commanditaires, Barry se rend à Los Angeles où l’attend un contrat juteux: exécuter Ryan Madison (Tyler Jacob Moore), l’amant du chef de la mafia tchétchène Goran Pazar (Glenn Fleisher).
En prenant en filature Ryan, du club de gym où celui-ci travaille jusqu‘à son cours de théâtre, il se retrouve par hasard en contact avec une troupe de jeunes comédiens coachés par Gene Cousineau (génial Henry "Fonzie" Winkler), narcissique professeur d’art dramatique, ancien acteur tombé en disgrâce au sein même de sa profession.
Sur un malentendu, il participe alors à une répétition, fait la connaissance de Sally Reed (Sarah Golberg) dont il tombe amoureux et a une révélation: il veut lui aussi devenir acteur et ainsi changer de vie. Cette émancipation sera le fruit de sa découverte d’une passion, la comédie.
En peu de temps, ce monde de la comédie – Barry a pu intégrer, sous le nom de scène de Barry Block, la petite troupe de Gene Cousineau – et le monde de la violence vont se confronter. Ayant échoué, à la suite d’un imbroglio meurtrier, à honorer son "contrat Madison", le voilà dorénavant avec la mafia tchétchène à ses trousses. À vivre dans deux mondes qui vont se donner la réplique, sa carrière théâtrale et sa vie criminelle. Et Barry ne veut plus être défini par ses crimes, ne plus être cet homme efficace et implacable, incapable d’éprouver la moindre empathie pour ses victimes.
"Barry" repose sur l’extraordinaire interprétation du rôle-titre par Bill Hader, pilier du Saturday Night Show, et lui-même créateur et producteur, avec Alec Berg, de la série. Chaque émotion est palpable, ses tiraillements comme ses souffrances. Le personnage – physiquement – évoque Dexter et ne manque pas, avec ses faux airs, de quelques points communs avec le tueur expert en médecine légale.
Mais moins dramatique et moins fouillée que la série de James Manos Jr, "Barry" apparaît plus satirique, absurde et morose. Un peu à l’instar de Dexter, Barry, sans avoir vraiment d’excuse, reste un tueur. Avec certes la volonté de vouloir s’arrêter, mais comment faire quand ne compte que l’instinct de survie?
Les personnages qui l’entourent sont loin de n’être que des faire-valoir, ils ont tous leur identité et leur destinée propre: Fuches, "l’associé" couard, Cousineau, gourou (ou escroc?), mesquin et rapiat, Goran, terrifiant chef de gang (quasi sosie – encore – de Tony Soprano), ainsi que son inénarrable bras droit Noho Hank (hilarant Anthony Carrigan). Et une policière un peu trop curieuse, l’inspecteur Moss (Paula Newsome), dont l’enquête sera l’amorce funèbre des saisons suivantes.
Barry – Saison 1, 8 épisodes (26-34 mn) – HBO max - **** Créée par Bill Hader et Alec Berg Réalisée par Bill Hader Avec Bill Hader, Stephen Root, Sarah Goldberg, Henry Winkler, Glenn Fleischer, Anthony Carrigan, Tyler Jacob Moore Alain Barnoud
Sélection du Prix du polar Sud-Ouest/Lire-en-poche 2026
Michèle Pedinielli est Niçoise mâtinée de Corse et c'est avec "Boccanera" que les lecteurs ont découvert en 2018 "Diou" son héroïne, détective privée en santiags dont l'autrice propose avec "Un seul œil" le cinquième épisode.
La ville de Nice est un personnage essentiel de la série qui lui permet d'évacuer les clichés et les slogans publicitaires sur la capitale touristique des Alpes-Maritimes. Mais les romans sont aussi une affaire de tribu, celle que Diou partage avec Dan son colocataire, un galeriste homosexuel, Jo, le flic de la PJ niçoise ou Mila, la chienne qu'elle a sauvée d'une usine à chiots. Et cette tribu est durement frappée quand la femme de Jo est assassinée et que Dan est agressé au point de se retrouver dans le coma.
Bien sûr Diou est une dure-à-cuire, et se promener avec elle n'est pas de tout repos. Un peu comme dans les romans de Valerio Varesi auquel elle rend hommage ici, on devine un mélange de rage et de nostalgie, rage pour le désastre programmé par les "bâtisseurs de l'avenir" sans scrupules et corrompus, nostalgie d'un monde sans doute largement fantasmé où prévalait le respect des pierres et du patrimoine.
Varesi nous raconte Parme et ce "sentiment de décomposition" qui hante la ville, Michèle Pedinielli parcourt Nice en frissonnant de colère devant les chantiers destructeurs dont se gargarisent les responsables politiques de la cité.
" Tout ça attire les touristes qui posteront leur sourire à la con devant un toutou géant qui se fait chier dessus par les pigeons. Fermez le ban."
Un seul œil - Michèle Pedinielli - L'aube poche noir - 326 pages – 11€
Lionel Germain
Votez jusqu’au 5 juillet sur le sitepour le roman de votre choix. Un tirage au sort parmi les votants désignera trois gagnants qui seront récompensés lors de la soirée d'ouverture du salon le 9 octobre, parc de Mandavit à Gradignan (33).
Sélection du Prix du polar Sud-Ouest/Lire-en-poche
2026
C'est un roman à l'écriture hypnotique dans lequel son amour des femmes semble pour Ilyas se heurter à un réel désenchanté. Quand ce prof de sport de combat rencontre Élodie, flic aux stups, tout part en vrille. Page après page, on rôde autour des mânes de Jim Thompson, mais à la différence du shérif sociopathe qu'a imaginé l'Américain pour "Le démon dans ma peau", Hélène Couturier nous raconte la transe d'une victime dont la raison bascule.
Parce qu'Ilyas est d'abord hanté par l'Enfoiré, son propre père, le bourreau de sa mère. Avec le défi faulknérien d'estomper la rationalité du lecteur en lui imposant le point de vue brumeux du narrateur et l'arrière-plan mélodique d'une play-list qui va de Céline Dion à Stromae en passant par toutes les couleurs du juke-box.
"Toujours quelques paroles qui expriment ce que tu vis à un moment précis de ta vie, toujours quelques mots qui t'accompagnent. Je chante aussi mal que je danse bien. Pas grave. Puisque je danse en public mais que je chante en privé. Le plus souvent, entre moi et moi. Dans ma voiture. Ou bien je fredonne en dansant quand ma voix est déjà couverte par une autre voix."
La mort d'Élodie est le point de fuite où le regard d'Ilyas se perd. Même si on connaît la chanson sur la mémoire qui flanche, Hélène Couturier peaufine le thème avec brio.
Avec "Fils de femme", elle devenait en 1996 la première autrice de la collection Rivages noir. Elle propose dans son dernier roman "Un homme raisonnable" une incursion passionnante dans le milieu de l'art.
De femme en femme - Hélène Couturier - Rivages/Noirs -
208 pages – 9€
Lionel Germain
Votez jusqu’au 5 juillet sur le site pour le roman de votre choix. Un tirage au sort parmi les votants désignera trois gagnants qui seront récompensés lors de la soirée d'ouverture du salon le 9 octobre, parc de Mandavit à Gradignan (33).
Avec "Fils de femme", Hélène Couturier devenait en 1996 la première autrice de la collection créée par François Guérif. Scénariste et plasticienne, on retrouve trente ans plus tard la même fraicheur dans ce nouveau polar décalé.
Orso est-il bien raisonnable quand il prend l'amant de sa femme en filature? Au point même d'éprouver une admiration suspecte pour le bel Ernesto. Sans doute pas mais Orso Orsini ne comprend pas toujours ce qui l'anime. La mort d'Ernesto va le placer au centre du questionnement de la capitaine Blandine Blanco de la brigade criminelle.
À côté du couple réel que forment Orso avec Montse, sa femme, spécialiste du peintre espagnol Joaquim Sorolla, Hélène couturier imagine un duo savoureux entre Orso et Blandine.
Incursion dans le milieu de l'art, références cubaines et convocation de Burt Lancaster en maillot de bain, ce polar singulier mérite un détour très raisonnable en librairie.
Un homme raisonnable – Hélène Couturier – Rivages noir – 280 pages – 21€ - ***
Sélection du Prix du polar Sud-Ouest/Lire-en-poche 2026
Sur l'île suédoise de Lidingö, dans une mise en scène digne du pire de ce que nous offrent les réseaux sociaux, le roman s'ouvre sur le suicide public d'une femme, Anna Hellström. Filmé par un témoin qu'elle menace de son arme, le drame se joue dans une salle de classe où Anna accuse le professeur et les élèves d'être responsables de la mort de Gustav, son propre fils, victime de harcèlement.
En 1999, Gustav a été condamné pour le viol d'une adolescente. Malgré les tests ADN, il a toujours proclamé son innocence. Sur le point d'être libéré après vingt ans de prison, il s'est pendu dans sa cellule une semaine avant le suicide spectaculaire de sa mère.
La commissaire Maria Rehn en charge de l'enquête est une Française mariée à un Suédois. Elle-même en deuil, elle surmonte ses problèmes grâce au criminologue qui l'accompagne dans son travail et collabore avec Alexander Storm, le flic de Lidingö. Tout est relancé par l'assassinat d'un adolescent qu'on retrouve dans le costume de la Sainte Lucie, une cérémonie où les participants en aube blanche se coiffent de bougies.
Avec ce roman, Johana Gustawsson prolonge le débat actuel sur la notion de consentement et précise la redéfinition du viol en Suède. Comment ne pas se satisfaire du silence de la victime pour accorder l'impunité au criminel.
Elle a publié en février "Ici", un polar à quatre mains autour d'une comportementaliste pourvoyeuse de petites leçons à la Sherlock Holmes sur les intentions cachées des personnages.
Les morsures du silence - Johana Gustawsson - Livre de
poche Thrillers - 353 pages – 9,20€
Lionel Germain
Votez
jusqu’au 5 juillet sur le site pour le roman de votre choix. Un tirage au sort parmi les votants désignera
trois gagnants qui seront récompensés lors de la soirée d'ouverture du salon le
9 octobre, parc de Mandavit à Gradignan (33).
L'enquête de Kari Voss est passionnante. Sans doute parce qu'elle n'est pas flic mais spécialiste du langage corporel, une comportementaliste qui nous donne de temps en temps de petites leçons à la Sherlock Holmes sur les intentions cachées des personnages. Kari a vu son fils disparaître sept ans plus tôt, probablement victime d'un ravisseur.
Le souvenir du drame resurgit quand deux jeunes filles qui étaient des amies de son fils sont assassinées dans leur maison de vacances. Le coupable arrêté par la police appartenait également à la bande, il a avoué et on pourrait s'en satisfaire. Mais Johana Gustawsson et Thomas Enger transforment Kari en détective auxiliaire de la police, persuadée de l'innocence de son suspect.
Pari réussi pour ce duo trompeur composé d'une Française et d'un Norvégien, avec la langue de Shakespeare comme terrain de jeu. Johana Gustawsson en est la première surprise: "Écrire en anglais, (…), était déjà un projet complètement fou. Alors imaginez qu'avant même sa sortie le roman serait plébiscité dans le monde entier, je n'aurais même pas osé en rêver"
Ici - Johana Gustawsson et Thomas Enger – Traduit de l'anglais (France et Norvège) par Marie Brazilier – Calmann-Lévy noir – 540 pages – 22,50€ - *** Lionel Germain
De la Corée du Nord on attend le pire. Mais l'histoire que nous raconte Yann Manook concerne la Corée du Sud et les séquelles d'un abominable trafic pour lequel cent quarante mille enfants ont été vendus avec la complicité de l'État. La dictature n'a pris fin qu'en 1987, et aux J.O. de Séoul en 1988 on a fait disparaître les "minjungs" pour que la vitrine soit présentable.
Gangnam, ex-flic mafieux, mène ici une enquête personnelle aux côtés d'une française à la recherche de ses origines. L'occasion pour le lecteur de découvrir sous les oripeaux démocratiques, un "Pays du Matin calme" peuplé de dragons qui tirent toujours les ficelles du crime organisé.
"Il tira lentement les rideaux et se planta au bord, espionnant à travers une fine embrasure. La foule attisait ses propres flammes par des slogans et des chansons, puis tout bascula d'un seul coup. Il se ruèrent en avant, coincèrent les flics contre les balustrades au pied du bâtiment, puis des briques et des bouteilles jaillirent cette fois des profondeurs de l'attroupement."
White City - Dominic Nolan – traduit de l'américain par David Fauquemberg – Rivages noir – 464 pages – 24€ - ***
La "Porte de l’Est", autrement dit le "Suwalki Gap" est une bande de terre située entre la Pologne et la Lituanie (membres de l’OTAN) ainsi que la Biélorussie et la Russie, et l’enclave de Kaliningrad. En cette année 2021, quelques mois avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les troupes russes manœuvrent autour de ce corridor hautement stratégique, crucial pour la protection du flanc est de l’OTAN, à un moment critique de la géopolitique européenne.
C’est précisément à Kaliningrad qu’Ewa Oginiec (Lena Gora), agente des services de renseignements polonais, est envoyée en mission afin d’enquêter sur une ingénieure nucléaire, Tamara Sorokina (Alona Szostak). Démasquée lors d’une fastueuse réception chez les Sorokina, elle doit se battre férocement et tuer, puis s’enfuir avec l’aide de son partenaire et amant "Skiner" (Karol Pochec), superviseur de l’opération. A l’issue de laquelle elle fait une fausse couche, sans espoir d’avoir d’autres enfants, et décide de décrocher pour reconstruire sa vie.
Mais un doute s’est installé au sein des services secrets polonais: il y aurait une taupe à l’Ambassade de Pologne à Minsk (capitale de la Biélorussie). C’est une information que "Skiner" aurait glissée à Ewa, avant qu’il disparaisse, prisonnier des services secrets russes. Afin de le retrouver quoi qu'il en coûte, Ewa accepte une ultime mission d’infiltration à l’Ambassade de Minsk, sous couvert de nouvelle Consule, en remplacement de la précédente qui s’est suicidée.
C’est en grande partie à Minsk que se déroule la série, ville qui fut longtemps polonaise, avec une importante minorité restée sur place. L’intrigue complexe se met en place, installant un thriller d’espionnage puissant et réaliste, à l’atmosphère explosive. Dans un contexte où chaque prise de décision peut avoir des effets incalculables et où la moindre erreur est fatale, Ewa n’hésite pas, avec intelligence et endurance, à jouer sa carte, témoin active des combats qui opposent les différentes agences de renseignement, un réseau de nationalistes polonais et des infiltrés. Sur fond de flux de migrants.
"The Eastern Gate" propose une version intime du monde des agents secrets, de ses enjeux politiques et humains, le danger étant incernable et permanent et la loyauté rarissime. Héroïne magnifiée par le jeu intense de Lena Gora, Ewa, toute en ambiguïté, ne se résume pas à une machine de guerre ni à une espionne froide et calculatrice, mais se révèle un personnage complexe entre douleur, résilience et instinct de survie.
Dans des décors ni romantiques ni séduisants, rues mornes et immeubles de béton gris, cette série polonaise ambitieuse, à l’intrigue captivante et qui a connu un succès immense à "l’Est", s’inscrit loin des clichés manichéens dans un climat où, entre réalité et fiction, la frontière apparaît de plus en plus ténue.
The Eastern Gate – 1 saison, 6 épisodes (45 mn) – HBO Max - **** Saison 2 à venir en 2027 Créée par Wojciech Bockenheim Réalisée par Jan P. Matuszynski Avec Lena Gora, Karol Pochec, Andrzej Konopka, Bartlomiej Topa, Ewelina Starejki, Alona Szostak Alain Barnoud
C'est un classique du genre, cette exploration d'une grande famille ou la névrose de chaque membre est en lien direct avec le pactole souvent malodorant qu'elle génère. Les séries télé américaines raffolent de ces histoires de "succession". En plaçant le curseur un degré au-dessus avec le débat sur l'éthique entrepreneuriale, Emmanuel Grand ne démérite pas pour nous raconter les coulisses d'un empire industriel jurassien.
Le point de départ est la disparition/réapparition d'une pièce rapportée. Une belle fille du clan, victime d'un attentat en Inde qui resurgit, pas forcément pour le plus grand bonheur de tous. Mettez deux flics un peu marginaux sur l'affaire et on avance à la débroussailleuse dans un maquis de mauvaises souches. La sainte Trinité du polar: crime, cupidité et corruption.
Le sang des nôtres - Emmanuel Grand – Albin Michel – 364 pages – 21,90€ - *** Lionel Germain
Funel, journaliste à l'Humanité, Camille, ouvrière reconvertie en photoreporter, et Bornec, le flic à l'ancienne, voilà de quoi constituer une entente cordiale à travers les frontières de classe pour dénouer les fils d'un crime. On est au joli mois de mai en 1936 et à défaut d'entente cordiale, c'est quand même le Front populaire qui domine la scène politique.
Le gardien d'une usine a fait une mauvaise chute, le meurtre semble probable et Alexandre Courban nous raconte la fièvre qui frappe Paris: grève, manifestation d'extrême droite et bruits de bottes en Europe. Du roman feuilleton historique avec des personnages de très bonne compagnie.
Place de la Victoire, 1936 – Alexandre Courban – Agullo – 200 pages – 19,90€ - *** Lionel Germain
Sélection du Prix du polar Sud-Ouest/Lire-en-poche 2026
Le Liban vit des heures douloureuses et David Hury, journaliste et photoreporter au Liban pendant dix-huit ans connaît mieux que personne le pays et ses drames, les communautés qui s'observent et cohabitent pour le meilleur et souvent pour le pire. C'est dans ce décor menacé en permanence de s'effondrer sous les coups de boutoir de l'extérieur et les épisodes de guerre civile qu'il a imaginé le personnage de Marwan Khalil.
"Une balle de 7,62 mm est venu lui lécher la rotule par une belle après-midi de juin 1988, et lui a laissé une saloperie de mauvais souvenir. Putain de guerre des milices."
Ce vieux flic aimerait prendre sa retraite mais l'assassinat d'une universitaire le contraint à un dernier baroud au côté d'une jeune collègue chiite. Ancien membre des milices chrétiennes, il a vu mourir sa sœur dans les attentats de 1982 contre Bachir Gemayel et sa propre fille a été défigurée après l'explosion du port en 2020.
Autour d'un projet de manuel scolaire refusé par le Hezbollah, se cristallisent toutes les haines qui interdisent le travail de mémoire. La brigade criminelle est soumise aux mêmes pressions que le reste de la société et même si David Hury nous décrit le Beyrouth d'avant la guerre avec Israël imposée par la milice chiite, on y retrouve toutes les tensions et les fractures sectaires qui font obstacle à l'unité du pays.
Dans "Beyrouth Paradise", le nouvel épisode paru cette année, Marwan n'est plus flic mais détective privé à la recherche d'une jeune prostituée ukrainienne disparue.
Beyrouth forever - David Hury - Piccolo Noir - 320 pages – 12€
Lionel Germain
Votez jusqu’au 5 juillet sur le site pour le roman de votre choix. Un tirage au sort parmi les votants désignera trois gagnants qui seront récompensés lors de la soirée d'ouverture du salon le 9 octobre, parc de Mandavit à Gradignan (33).
Ne cherchez pas Jacknife sur votre GPS, la petite ville de Louisiane n'existe pas même si Anna Bailey a su créer un paysage des bayous immédiatement identifiable, peuplé de créatures parfois hostiles et de tribus familiales oubliées du reste du monde.
On y rencontre la journaliste Loyal May, une enfant du pays qui a fui les marécages à dix-sept ans et qui ne revient que contrainte et forcée pour s'occuper de sa mère. La mort de son amie d'enfance va lui fournir une occasion supplémentaire de reprendre racine en menant l'enquête sur les circonstances de ce drame et sur sa propre jeunesse dans un univers où les assignations paraissent insurmontables.
Anna Bailey sème un trouble aussi opaque que les eaux du marais dans lesquels rodent les alligators. Après un premier roman prometteur, "Une pluie de septembre" qui explorait les mauvaises passions religieuses du Colorado, on se réjouit de vivre ces derniers jours sauvages dans un décor que ne renierait pas James Lee Burke.
Nos derniers jours sauvages – Anna Bailey – Traduit de l'anglais (GB) par Héloïse Esquié – Sonatine – 352 pages – 22€ - *** Lionel Germain
"As-tu déjà entendu parler du cri de l'ange… Il est le remède le plus puissant pour parler aux âmes perdues. Il confronte l'humanité à sa faiblesse, à son imperfection, à ses peurs. T'es-tu déjà demandé pourquoi on criait? Non, bien sûr. Ce que tu vas me donner avant de mourir, c'est le cri de la souffrance de ton peuple, pour laver ta race."
Requiem pour un cri - Marie Capron – Viviane Hamy Éditions, Chemins nocturnes – 360 pages – 21,90€ - **
Dans les locaux de CompWare, entreprise "cool" de la tech californienne qui développe des jeux video pour téléphones mobiles et emploie des millenials dociles et bienveillants, un groupe de gamins en visite matinale de découverte se rue dans le bureau de Ahn Sang Woo (Brian Yoon), jeune prodige américano-coréen de 20 ans, fondateur de la société, et qui se fait flinguer de cinq balles par l’un des écoliers, un mioche de onze ans!
Presque immédiatement apparaît, de façon inattendue, Regus Patoff (Christopher Waltz), consultant extérieur préalablement mandaté, d’après ses dires, par le jeune patron défunt, pour redresser la société mal en point après l’échec d’une fusion. Le sang est encore frais quand Patoff, cheveux grisonnants quasi peroxydés, tiré à quatre épingles, figure affable mais sourire de guillotine, s’installe dans le bureau directorial. Et met en place sans attendre de nouvelles règles exigeantes qui rendent les salariés corvéables à merci.
De plus en plus omnipotent, il prend les rênes de l’entreprise. "Cost killer" impitoyable et manipulateur, faisant régner une ambiance anxiogène, il licencie massivement avec un seul objectif, sauver CompWare de la faillite imminente. Son mantra: "Improve the business" (Améliorer l’entreprise). L’arbitraire se mêlant à l’incompréhension. Le peu d’informations qu’il distille envers ses employés et même envers son assistante de direction Elaine Hayman (Brittany O’Grady, "The White Lotus") – qui s’est elle-même rebaptisée "coordinatrice créative" - sème peu à peu le doute sur sa légitimité, questionne sur ses origines et ses missions précédentes.
Pour tenter de faire toute la lumière sur le passé et le parcours de Patoff, Elaine va obtenir l’aide d’un ami codeur de jeu en qui elle a confiance, Craig Horne (Nat Wolff). Une enquête d’autant plus indispensable que Patoff semble tout savoir de la vie personnelle et intime de ses salariés, jusqu’à leur faire craindre le pire.
Adaptée du roman éponyme de Bentley Little par Tony Basgallop ("Servant") et Mark Shakman ("WandaVision"), la série colle au plus près au jeu du chat et de la souris entre Elaine et Craig, et Patoff, sadique, maléfique, méphistophélique claudiquant. Un envoyé du diable, ou le Diable lui-même? Pur produit du capitalisme avec son corpus d’or, il accomplit sa tâche sans état d’âme chez CompWare, comme à l’occasion de ses autres missions de consultant qui, chaque fois, se concluent par un pacte faustien avec des dirigeants de start-up en perdition.
Séducteur pervers, glacial et cynique, Regus Patoff trouve en Christopher Waltz un interprète exceptionnel, effrayant et irrésistiblement malveillant. Inoubliable depuis son rôle culte de Hans Landa dans "Inglorious Basterds" de Quentin Tarantino, il imprègne par son jeu la symbolique du Diable et toute l’ambiance de la série.
Peut-être une version augmentée violente d’Elon Musk ou de Marc Zuckerberg? Pleine d’énigmes, de rebondissements et d’humour noir, "The Consultant" pousse loin le curseur des affrontements: à quel prix l’arrivisme et le pouvoir l’emporteront-ils?
The Consultant – 1 saison, 8 épisodes (35 mn) - Prime Video - **** Créée par Tony Basgallop Réalisée par Mark Shakman, Alexis Ostrander, Charlotte Brändström, Dan Attias, Karyn Kusama Avec Christopher Waltz, Nat Wolff, Brittany O’Grady, Aimee Carrero, Sydney Mae Diaz, Michael Charles Vaccaro Alain Barnoud
Simon Kepel, instituteur, a eu la chance ou le malheur de côtoyer la star de cinéma Hélèna Attias. Il est le prof de sa fille et contre toute attente, il est devenu l'amant de la mère. C'est cette improbabilité que Franck Leduc réussit à rendre crédible.
Quand Hélèna Attias est assassinée, l'amant ne déroge pas à la jurisprudence. En tant que coupable idéal, on l'expédie en taule, et c'est dix ans après son incarcération que le roman commence. L'évasion opportuniste de Simon Kepel offre alors un rôle sur mesure à Talia Sorel, négociatrice du RAID qu'on a déjà croisée dans "Duel".
Mais la traque de ce fugitif énigmatique est aussi l'occasion de refaire l'enquête sur les liens entre l'instit et la star. Un bon suspense avec un léger bémol sur l'épilogue. Léger lui aussi.
En 1970, dans une ville sibérienne à la "Truman show" mais aux ambitions scientifiques bien plus tordues encore, des chercheurs soumettent les citoyens à des tests comportementaux. Sous couvert d'une étude du caractère probabiliste de la chance, ce qui est en jeu dans ces tests, c'est l'acquisition des meilleures techniques d'emprise à travers des tortures bien réelles, un chantage organisé et une amnésie provoquée.
"Faire une expérience comme les Américains. Mettre des savants qui ont un gros besoin de reconnaissance avec des gens sans défense dans un camp en Sibérie. On verra bien si quelque chose en sort."
La note attribuée à Brejnev rappelle que sous la fiction du roman persiste une part de réel qui n'est pas sans résonnance avec la dystopie à ciel ouvert proposée par les leaders exaltés d'aujourd'hui.
La Chance rouge – Damien Igor Delhomme – Agullo – 480 pages – 21,90€ - *** Lionel Germain
Sélection du Prix du polar Sud-Ouest/Lire-en-poche 2026
Dans l'univers du polar français, la critique sociale prédomine et c'est souvent une affaire sérieuse. Ce qui n'interdit pas aux francs-tireurs de dégoupiller quelques éclats de rire un peu grinçants.
Parmi ces farceurs du roman noir hexagonal, on peut citer Sébastien Gendron, Françis Mizio et bien sûr Jacky Schwartzmann. L'auteur de "Mauvais coûts" et de "Pension complète" détricote la paix sociale avec férocité depuis la parution de son premier roman noir "Bad Trip" en 2009.
Le héros de "Killing me softly" se prénomme Majid mais on l'appelle "M".
"C'est un vieux truc, ça date du collège. Notre prof de français nous a emmenés au Louxor, voir un vieux film en noir et blanc. "M, le Maudit". Christian a sorti "M, le Majid" pour plaisanter, et c'est resté."
Maudit, Majid l'est sans doute un peu, du moins aux yeux de la morale commune. Son boulot consiste à réduire l'espérance de vie des "méchants". Une petite entreprise d'élimination sur commande qui va le mettre sur les traces d'un pédocriminel. Avec un problème de mise en œuvre quand le client, qui a été la victime de l'agression sexuelle, exige d'assister et même de participer au bouquet final.
La cible est la deuxième mauvaise surprise: coincé dans un EHPAD, c'est un vieillard auquel on donnerait le Bon Dieu sans confession. Même les tueurs ont des états d'âmes et c'est tout le talent de Jacky Schwartzmann de jouer avec les paradoxes, de nous promener aux frontières de la bienséance et de nous laisser choisir où se niche le camp du bien.
Killing me softly - Jacky
Schwartzmann - La Manuf – 192 pages – 15,90€
Lionel Germain
Votez jusqu’au 5 juillet sur le site pour le roman de votre choix. Un tirage au sort parmi les votants désignera trois gagnants qui seront récompensés lors de la soirée d'ouverture du salon le 9 octobre, parc de Mandavit à Gradignan (33).
L'hommage aux Marines, Frank Bill le rend sans évacuer le versant terrible qui a détruit la vie de bien des vétérans. On sait le nombre de ceux qui errent dans les marges de la prospérité américaine, incapables d'échapper à l'alcool ou aux drogues que le Vietnam leur a laissés en héritage.
Le père de Frank Bill aurait pu être l'un de ces hommes. Comme Miles le héros de son roman, il a vécu le retour d'enfer sous le poids du silence, principal carburant de la détresse des combattants. Mais l'Amérique dont nous parle l'auteur est aussi plus largement celle de l'effondrement économique et moral. Un petit peuple de dealers obsédés par les lumières artificielles.
Mordre la poussière – Frank Bill – Traduit de l'américain par Yoko Lacour - Plon – 346 pages – 23€ - *** Lionel Germain
"À vue de nez, je dirais qu'il en était à trois heures de beuverie, et le vieux schnock n'avait probablement ni bougé de son perchoir ni même pensé à aller pisser. Sourire en coin. Verres de lunettes sales et haleine fétide. Pa était un chirurgien en disgrâce sorti d'Eagle Rock. Un type gentil et solitaire avec un vilain passé et, à mon avis, plus beaucoup d'amour dans sa vie."
Les damnés de Los Angeles - Adam Frost – Traduit de l'américain par Suzy Borello – Calmann-Lévy noir – 340 pages – 23,90€ - ****