Le pot de départ à la retraite de Sara Santano (Carmen Machi, "La Mesias", "Furia") est prêt. Mais, ce jour-là, cette inspectrice des impôts chevronnée, après plus de trente ans au sein de l’administration fiscale, reçoit de la part de son chef et ancien collègue Carmelo (Antonio Duràn ‘Morris’) la mission la plus importante de sa carrière, somme toute banale, à laquelle elle ne peut en définitive pas résister: enquêter sur la fraude de la super pop-star mexicaine mondialement adulée, Celeste (Andrea Bayardo).
Celle-ci, soupçonnée d’avoir résidé plus de six mois en Espagne (184 jours précisément), où vit son petit ami, devrait plus de 20 millions d’euros au fisc. Ce que Sara, fragilisée par l’échec cuisant d’un précédent contrôle fiscal de 17 millions d’euros sur un footballeur du Real Madrid (Figueroa), va devoir prouver. "Une inspection dont on a toujours rêvé", pour sortir par la grande porte.
Veuve revêche et lugubre depuis la mort de son mari Alberto lui aussi contrôleur fiscal, engoncée dans son costume gris et son imperméable beige, Sara a le physique de l’emploi. Clin d’œil voulu, d’après Diego San José, l’auteur de la série, on est en présence d'une "Columbo" au féminin impossible à tromper derrière ses petites lunettes de fonctionnaire tatillonne.
Elle va pourtant mettre du glamour, et même de la jouissance dans sa vie, par la quête obsessionnelle qu’elle s’apprête à mener, après avoir transformé son bureau en véritable quartier général.
Peu à peu, la série dessine le portrait croisé de deux femmes qu’à priori tout oppose: la rigueur et la solitude de Sara, la jeunesse et la flamboyance de Celeste. Cette ultime affaire permet à notre inspectrice de sortir de son bureau austère pour pénétrer le monde clinquant du showbiz, en se rendant sur le terrain comme un détective à la recherche d’indices et de sources à même de démontrer la fraude.
Lorsque son enquête - sa traque - fait du sur place, c’est sans hésitation, avec rouerie, qu’elle recourt à des moyens "peu conventionnels", aidée par une jeune assistante débrouillarde, Dani (Clara Sans) et par Tony (Manolo Solo), un paparazzo célibataire endurci. Mais au fur et à mesure de l’avancée des investigations, les sentiments d’aigreur et de jalousie que Sara nourrit envers Celeste se tarissent, dissipant au bout du compte ce fantasme insaisissable qu’est la star.
Derrière l’inspectrice antipathique se dévoile progressivement non pas une héroïne caricaturale mais une femme attachante, avec ses doutes et ses moments de faiblesse. Surtout après la découverte, sur le tard, d’un secret de son défunt mari.
Celeste, la "bomba latina", a elle aussi ses zones d’ombres, ses désillusions, qui en font un personnage plus complexe qu’en apparence. Un personnage qui permet à la série d’éviter l’écueil du récit manichéen et de nourrir son suspense.
Diego San José ne se cache pas de s’être inspiré, entre autres, de l’affaire Shakira, la star colombienne ayant été accusée d’avoir soustrait plus de 14 millions d’euros au fisc espagnol entre 2012 et 2014. Et il réussit le pari de nous rendre la fiscalité palpitante, et même parfois amusante, avec un mélange de tendresse et d’humour pince-sans-rire.
"Sais-tu pourquoi les inspecteurs des impôts se mettent toujours en couple?" demande Sara à sa stagiaire. "Parce que tous les autres nous détestent".
Loin d’une vulgaire satire administrative, "Celeste" transforme la fraude fiscale en thriller et trouve son équilibre entre drame et comédie. L’interprétation magistrale de Carmen Machi a été, comme la série, récompensée – meilleure actrice, meilleure série - à Séries Mania en 2025.
Celeste – 1 saison, 6 épisodes (30 mn) – Arte.tv - ****
Créée par Diego San José
Réalisée par Elena Trapé
Avec Carmen Machi, Antonio Duràn ‘Morris’, Clara Sans, Manolo Solo
Alain Barnoud

