Sans doute parce qu'il travaille de façon très sérieuse sur la mise en service de l'intelligence artificielle pour les entreprises, Maxime Girardeau allume dans son roman les contre-feux aux bouleversements technologiques de nos vies.
Sur le corps martyrisé d'un homme, les enquêteurs découvrent un smartphone qui envoie un message menaçant: "Vous n'avez droit qu'à une question". Comme si la mort promise par l'effacement de toutes les données ponctuait la mort réelle de la victime. Et c'est dans un Paris en proie aux émeutes révolutionnaires qu'une jeune femme cherche à sauver la vie numérique de son père. Passionnante pérégrination dans le questionnement sur le virtuel qui s'empare de nous.
Mourir deux fois - Maxime Girardeau – Robert Laffont La bête noire – 326 pages – 20,90€ - ***
"Comme Guillaumet, l'auteur de ce "Sahara" que Madeleine avait restaurée, Dinet peignait en ethnologue. Plutôt que scruter sa mémoire, il vivait dans l'oasis de Bou-Saâda, documentant sur le vif des scènes de vie dans la palmeraie. Il réservait aux jeunes filles la part du lion, et précisément Madeleine restait frappée par la contrainte qu'exerçaient les hommes sur elles. Le "Printemps des cœurs" montrait par exemple des baisers volés, auxquels répondaient des grimaces dégoûtées. Ce n'était pas "amusant" comme devait réagir l'œil colonial habitué aux outrages, il s'agissait pour Madeleine ni plus ni moins d'agressions, le sort réservé aux femmes de toute éternité."
Les Secondes chances – Frédéric Couderc – Les Escales – 320 pages – 21€ - ***
1992 - Dandy aristocrate britannique décadent, oisif, polytoxicomane et excentrique, Patrick Melrose (Benedict Cumberbatch, "Sherlock","Imitation Game") reçoit, en plein shoot d’héroïne, un appel téléphonique d’un ami lui annonçant le décès de son père à New-York. Réaction: "un coup dur", ironie à peine masquée par un sourire de soulagement extatique.
Cet événement, véritable électrochoc, fait remonter des traumatismes d’enfance enfouis en lui, et les trois jours qu’il passera dans la Grosse Pomme pour récupérer les cendres de son père seront le théâtre d’une orgie d’alcool, de drogues et de sexe, et d’une tentative de suicide. Mais ne pas se méprendre sur l’ambiance de ce premier épisode, bien différent des autres: les addictions de Patrick Melrose ne sont pas le sujet principal de la série.
Dans sa plus "tendre" enfance, il a été martyrisé et violé par un père monstrueux, David Melrose (Hugo Weaving) issu de la haute société britannique, médecin ayant peu pratiqué mais surtout pianiste émérite qui n’a pu faire carrière en raison de rhumatismes.
Abandonné, Patrick Melrose a vécu enfance et jeunesse sans être aimé ni protégé par une mère absente, Eleanor (Jennifer Jason Leigh, "Dolores Claiborne", "Les huit salopards"), alcoolique et démissionnaire, elle-même victime des sévices de son mari.
Que ce soit dans la somptueuse demeure familiale en Provence où les viols ont débuté, ou lorsqu’il noie son mal-être dans la coke ou l’héroïne, glisse à chaque fois sur un mur un gecko, comme rappel incessant du calvaire enduré.
Cette spirale auto destructrice, puis la décision de se reprendre en main et de tenter de se reconstruire nourrissent les cinq épisodes de la série, adaptés des cinq romans éponymes semi autobiographiques d’Edward St. Aubin, écrivain britannique lui-même abusé sexuellement par son père entre 5 et 8 ans, et qui a plongé dans la drogue à ses 16 ans.
Patrick Melrose apparaît comme le double de fiction avéré de St. Aubin. Sa "survie" psychique et la maltraitance constituent les thèmes principaux de ce récit, "patchwork temporel" de son périple intérieur, entre flash-backs et flashforwards. Avec, comme principale défense face à la dépression, un humour noir acide, pince-sans-rire, mélange de sarcasmes et d’ironie.
Very british indeed! Lutter contre ses démons intérieurs, se libérer de ses addictions et de son passé, oublier et en finir avec l’arrogance, la mesquinerie et l’hypocrisie de l’aristocratie britannique: tout pour rester en vie, ne pas devenir un monstre. Et, qui sait, ne pas désespérer d’enfin trouver équilibre et bonheur, même si c’est un combat de longue haleine. Une série dure et éprouvante, portée par le talent et l’interprétation magistrale de Benedict Cumberbatch.