Un des romans les plus durs à avaler. De mémoire légendaire, seul Jonas avait jusque-là réussi à passer quelque temps dans le ventre de la baleine. Il faudra compter désormais avec Jay Gardiner, le héros de Daniel Kraus. Son père, malade du cancer, a disparu en pleine mer. Jay a décidé de retrouver sa dépouille mais la rencontre avec un cachalot va bouleverser son escapade. En scénariste confirmé, l'auteur goupille une aventure ultime dans l'estomac d'un cachalot.
Scientifiquement documenté, l'intrigue de ce combat pour sortir du ventre du monstre prend suffisamment de liberté avec la réalité pour nous offrir du vraisemblable avec une bonne dose d'humour et de suspense.
Outre plusieurs collaborations avec Guillermo de Toro, Daniel Kraus a également son nom au générique de "Living Dead". Déjà best-seller aux États-Unis, le roman est en voie d'adaptation au cinéma.
Whalefall – Daniel Kraus – Traduit de l'américain par Jonathan Baillehache – Rivages noir – 380 pages – 22€ - *** Lionel Germain
"Truthstorian", soit historien – autoproclamé – de la vérité, le journaliste citoyen Lee Raybon (Ethan Hawke) est un fouineur crasseux, aussi déterminé que déjanté qui, à ses risques et périls, n’a de cesse de traquer les secrets et la corruption de sa bonne ville de Tulsa, Oklahoma. Anciennement surnommée "capitale mondiale du pétrole", cette cité est sujette à de fortes tensions sociales et raciales.
Lee Raybon, amateur de livres rares, y est propriétaire d’un "magasin" de livres d’occasion et publie le résultat de ses enquêtes dans le magazine "au format long", le "Heartland Press". Il ne peut supporter l’injustice et ne ménage pas les notables et les riches. A commencer par la puissante famille Washberg, qui "tient" la ville, un clan dont il a fait une peinture au vitriol, notamment celle de Donald (Kyle MacLachlan) qui veut se faire élire gouverneur. Coïncidence, son dernier article est suivi du suicide suspect du frère de Donald, Dale (Tim Blake Nelson), le mouton noir de la famille, marié à Betty Jo (Jeanne Tripplehorn), et homosexuel "resté dans le placard".
En cherchant ce qui a poussé cet homme à commettre l’irréparable, notre journaliste justicier, jean étroit, Stetson râpé et lunettes noires, soupçonnant un meurtre commandité, va découvrir une société d’investissement dont l’un des membres est un impitoyable tueur, ainsi que des indices laissés par Dale implorant qu’on enquête sur sa mort.
C’est alors pour Lee Raybon le début d’une spirale infernale dans une affaire hors de contrôle qui mélange gros méchants, bras cassés, corruption, secrets glauques et trahisons mais révèle aussi une belle peinture de la relation entre Joe, père divorcé et protecteur, et sa fille Francis de 13 ans (Ryan Kiera Armstrong).
Nous sommes tout à la fois dans le monde des frères Coen ("The Big Lebovski"), avec son humour absurde, sa galerie de personnages hauts en couleurs, et dans celui de Tarantino et de David Lynch.
Mais l’empreinte majeure reste celle des grands auteurs de polars noirs ou néo-noirs dont la figure essentielle, dans la série, est Jim Thompson, lui-même natif de l’Oklahoma. L’ensemble de son œuvre jouera d’ailleurs un rôle prépondérant dans l’enquête de Joe, avec l’aide que lui apportera sa fille.
Chronique urbaine et satire sociale se fondent, dans une atmosphère très sombre, au fil d’une intrigue qui dénonce sans concession la corruption politique, les rivalités familiales et, surtout, les injustices historiques subies par les indiens.
Sterlin Harjo, créateur, producteur et réalisateur de la série - il avait déjà signé les trois saisons de "Réservation Dogs" - est très attaché à l’Oklahoma, lui qui est issu de la nation séminole avec une ascendance muscogee. Deux des nations indigènes déportées par le gouvernement américain en Oklahoma.
Son personnage de Lee Raybon est très librement inspiré du journaliste Lee Roy Chapman ("This Land Press") connu pour avoir enquêté sur les massacres des peuples autochtones et fait des révélations explosives sur des personnalités controversées de Tulsa.
Un formidable Ethan Hawke - près de cent films dont "Le cercle des poètes disparus" et "Bienvenue à Gattaca", ainsi que la série "The Good Lord Bird" - habite totalement le personnage de Lee qui n’a que faire des règles éthiques de base du journalisme. Convoqué à une réunion avec quelques-uns des parvenus et notables de la ville, il proclame, droit dans ses bottes, sa foi de véritologiste:
"Je lis des trucs. Je cherche des trucs. Je vais un peu partout. Et je trouve des trucs. Ensuite, j’écris des articles sur ces trucs. Y’a des personnes que ça intéresse. D’autres pas. Je suis le plus souvent au chômage et toujours fauché. Mais je suis obsédé par la vérité".
The Lowdown – 1 saison, 8 épisodes (40-59 mn) – Disney + - ****
Créée et réalisée par Sterlin Harjo
Avec Ethan Hawke, Ryan Kiera Armstrong, Kaniehtiio Horn, Tim Blake Nelson, Jeanne Tripplehorn, Kyle MacLachlan, Keith David, Peter Dinklage
Accusée d'être plus sensible aux thèses du RN qu'à la Déclaration des droits de l'Homme, la police française bénéficie dans ce roman d'un régime de faveur. Journaliste, cofondateur de la revue Alibi consacrée au polar, c'est en tant que romancier que Marc Fernandez propose cet hommage aux flics de terrain, ceux qui sont quotidiennement la cible de l'opinion.
Comme dans un reportage, on va côtoyer l'équipe du SDPJ92 à Nanterre: la capitaine de police Pauline Ferran, la gardienne de la paix Nour Faria et le brigadier-chef Victor Perrin. On y vit la surchauffe commune à beaucoup de commissariats. Mais c'est une affaire de violence conjugale qui va tout faire déraper. Marc Fernandez montre le désarroi des fonctionnaires abandonnés par leur hiérarchie.
On les accuse de négligence, la presse se déchaîne et le drame se noue au sein même de l'équipe. Si les flics ne pleurent pas, ils se cachent parfois pour mourir.