Polar social au cœur de la misère ordinaire avec cette maman alcoolique retrouvée morte dans sa cuisine. Certains enfants de la fratrie sont en famille d'accueil et sa dernière fille, Astrid, ferait une coupable idéale. Jasmine, la flic du commissariat local pose un regard sans préjugés sur la cité. Son petit côté "éducatrice" nous rappelle qu'on est dans une fiction.
"Le brigadier chargé de la surveillance des geôles m'a dit, un peu blasé: «les gosses, ça fait le mal pour le plaisir, comme les psychopathes, faut pas espérer qu'ils aient des remords.» Je me suis demandé de qui il parlait. Je me suis demandé s'il parlait de tous les gosses, et s'il parlait aussi d'Astrid."
La jeune Fille et le feu – Claire Raphaël – Rouergue – 208 pages – 20€ - *** Lionel Germain
"Au départ, ce devait être un roman pour la jeunesse, comme la plupart des autres. Sauf que de se dire qu'il allait falloir remettre le couvert pour un énième album plein de sentiments sucrés et d'amour universel avec de l'espoir à la fin, et qu'ensuite il faudrait rouvrir sa boîte à aquarelle pour produire des illustrations roses et bleues, ça lui avait plutôt donné envie de se soûler la gueule avec du mauvais gin."
Joan O’Connell(Sophie Turner, Sansa dans "Game of Thrones", "X-Men") n’a jamais connu le "côté ensoleillé de la rue". En 1985, dans le Kent, Joan, placée dans un foyer lorsqu’elle était petite, est alors une jeune mère de famille qui doit fuir son compagnon Gary, homme violent, volage et criminel notoire.
Partir pour Londres représente la seule issue pour reconstruire sa vie, mais sans sa petite fille Kelly qu’elle doit temporairement confier aux services sociaux. Un déchirement qui la poursuivra toute son existence. Provisoirement accueillie par sa sœur Nancy (Kirsty J. Curtis), elle parvient à décrocher un emploi chez un bijoutier, Bernard (Alex Blake) dont le comportement insistant et libidineux la pousse à quitter son poste non sans voler, par absorption, quelques diamants.
Elle fait peu après la connaissance de Boisie Hannington (Frank Dillane), antiquaire magouilleur le jour, et voleur la nuit, qui va de façon inattendue bouleverser sa vie. Après lui avoir proposé une première mission – réussie – Boisie, conscient de l’intelligence, du charme et du talent pour l’imitation de Joan, monte avec elle arnaques sur arnaques, casses sur casses.
Devenue experte en pierres précieuses et voleuse de bijoux hors-pair, jonglant entre plusieurs identités et différents déguisements, elle attire bientôt l’attention des autorités policières qui devinent assez vite que, derrière ces opérations audacieuses, il y a la patte d’une femme insaisissable.
S’enfonçant dans le monde du grand banditisme, elle ne cessera jamais de tout faire pour récupérer sa fille et lui donner une vie meilleure. Cette trajectoire criminelle qui a fait de Joan - devenue Madame Hannington - une femme riche, au quotidien glamour et luxueux, brisera dramatiquement la relation mère-fille, essentielle au récit.
Ce dernier est l’adaptation partielle, par la showrunneuse Anna Symon, d’une histoire vraie, les mémoires de Joan Hannington "I am what I am: the true story of Britain’s most notorious jewel thief", surnommée "The Godmother", une des figures emblématiques de la pègre londonienne de l’Angleterre de Margaret Thatcher.
Dans une ambiance vintage superbement restituée "Joan" brosse le portrait complexe d’une femme tantôt déchirante en prolétaire, étincelante en négociatrice intraitable, émouvante en détenue désespérée. Au sein d’une société patriarcale suintant un sexisme qu’elle savait retourner contre des hommes qui la sous-estimaient. "Une vie en forme de tornade qui ne demande qu’à embraser l’écran", conclut Anna Symon.
Joan – 1 saison, 6 épisodes (42 mn) – Ciné + OCS, Polar + - *** Créée par Anna Symon Réalisée par Richard Laxton Avec Sophie Turner, Frank Dillane, Kirsty J. Curtis, Mia Millichamp-Long, Gershwyn Eustache Jr., Tomi May, Laura Aikman Alain Barnoud