Jeanne Doe, rescapée du renseignement français a une fille trader ancienne toxico qu'elle ne voit plus. On confie à cette solitaire misanthrope une mission "suicide": éliminer les terroristes islamistes.
Mais c'est en 1969 que le roman s'ouvre sur une réunion avec Heidegger et ses fidèles autour d'un chêne. On y rumine de manière glaçante le désastre du Troisième Reich sous couvert d'évoquer la philosophie grecque. Le voilà notre "cercle de Thor" qui finira bien par réapparaître.
L'héroïne du présent a une soixantaine d'années. Quand on la convoque à la direction des ressources humaines, elle pense logiquement qu'on va la virer. La mission qu'on lui propose pour ses prétendues qualités exceptionnelles d'agent secret ne l'illusionne pas une seconde. Elle improvise alors une infiltration à travers des associations féminines musulmanes, renoue avec les "ex" de son passé au "service action" et se voit chargée d'un devoir de mémoire hérité d'un agent dont on aimerait justement effacer les souvenirs.
Elle se sait vulnérable, isolée, sans personne pour la regretter si tout foire. Avec ce matériau humain improbable, Manfred Kahn réussit à modeler une héroïne redoutable et à construire une intrigue aux implications effrayantes.
Le Cercle de Thor - Manfred Kahn – La Manufacture de livres – 372 pages – 21,90€ - ****
Lionel Germain


