Michel Bussi explore les territoires de l'imaginaire sans jamais poser ses valises et réussit paradoxalement à se renouveler avec constance. La constance, c'est la construction des intrigues dont le machiavélisme surprendra toujours le lecteur.
Dans ce roman, on est assigné dans les environs de Lausanne avec les pensionnaires d'un très étrange établissement psychiatrique. Certains ont survécu à une fin du monde programmée avec la Shoah pour mieux se perdre dans un dernier frisson expérimental. La nouveauté, c'est la thématique que va déployer l'auteur: un questionnement sur la fin de vie et le suicide assisté où se profile soudain une incertitude sur le réel. Diablement efficace et passionnant.
Que la mort nous frôle – Michel Bussi – Presses de la Cité – 432 pages – 22,90€ - **** Lionel Germain
"Son père savait si bien mentir. Les adultes savent si bien mentir aux enfants, transformer la vérité, embellir la réalité cacher leurs défauts. Si les adultes se font passer pour des héros, ce n'est pas pour protéger leurs enfants, c'est parce qu'ils ne peuvent pas leur avouer qu'ils sont des salauds."
Les Assassins de l'aube - Michel Bussi – Presses de la Cité – 408 pages – 22,90€ - ***
Un beau manoir anglais, son pigeonnier adjacent, un coup de feu dans la nuit: Jack Wright (Trevor Eve), riche patriarche, est retrouvé mort dans cette tour à pigeons où il a l’habitude chaque soir de se recueillir. Suicide apparemment, une balle dans le corps et le pistolet à ses côtés, alors que rien ne laissait présager un tel geste.
Le septuagénaire laisse derrière lui trois femmes: Rose (Gemma Jones), sa première épouse, une seconde épouse (décédée) qui lui a donné une fille, et Sally (Nikki Amuka-Bird) sa troisième épouse; ainsi que deux fils, conçus avec Rose, Graham "Gray" (John Simm) et John (Daniel Rigby), une fille et un fils conçus avec Sally, et une seule et unique petite-fille Emily (Ruby Ashbourne Serkis), fille de Graham. Et, cerise sur le gâteau, une immense fortune de plus de 100 millions de livres, bâtie dans la fabrication industrielle de briques et dans l’immobilier.
Quand ses dispositions testamentaires sont connues, leur lecture fait l’effet d’une bombe: elles écartent presque totalement ses différentes épouses (et leurs enfants) au profit quasi exclusif d’Emily. Cependant, très vite, des soupçons de meurtre s’installent et deux inspecteurs de police, Morgan (Harry Lloyd, "Game of Thrones") et Jones (Liz Kingsman, "Parlement") approfondissent l’affaire.
La tragédie intime devient thriller familial sous haute tension, les conflits dans le clan Wright s’exacerbent en bataille juridique tandis que toutes et tous deviennent suspects, et confrontés à la figure de Jack Wright, patriarche (c’est le titre original de la série) aussi charismatique que manipulateur et autoritaire.
Tout naturellement la comparaison avec la série (déjà culte) "Succession" - mais aussi "Dallas" - s’impose. Malgré tout, plus intimiste, et témoignant dès son début de plus de profondeur, "I, Jack Wright", scénario d’une querelle féroce chez les ultra-riches, emprunte aux règles du Cluedo et du "murder party", mais aussi au thriller psychologique.
Au fil des jours, chacun des héritiers révèle des côtés fort peu reluisants de sa personnalité – conflits anciens, blessures mal refermées. En dramaturge malin, le scénariste Chris Lang ("Unforgotten")tresse un écheveau des destins contrariés et, sous forme parfois documentaire, déploie habilement leurs histoires sur deux temporalités, comme pour nous égarer sans nous perdre, au milieu d’une multitude de personnages, fausses pistes et révélations. De quoi attiser notre curiosité pour la saison 2.
I,Jack Wright – 1 saison, 6 épisodes (44 mn) – HBO MAX - *** Créée par Chris Lang Réalisée par Tom Vaughan Avec Trevor Eve, Gemma Jones, Nikki Amuka-Bird, Zoë Tapper, Daniel Rigby, John Simm, Ruby Ashbourne Serkis, Harry Lloyd, Liz Kingsman Alain Barnoud