Le héros du roman, Djalal, est un pilote de ligne mis à pied par British Airways à cause de son taux d'alcoolémie. Il retourne en Algérie, séparé de sa femme russe et de ses deux enfants après un divorce. On est en 2016 et un assassinat commis près de chez lui le remet au contact d'un ami d'enfance, Ibrahim, lui-même pilote dans l'armée algérienne.
Le jeune punk atrocement décapité au cœur de la cité était le fils d'Ibrahim. Et c'est en Ukraine qu'Ibrahim demande à son ami d'enquêter sur cette mort violente autant nimbée de terreur islamiste que de secret d'état à la sauce post-soviétique.
En fait le polar tourne vite à la quête identitaire autour de la recherche du propre père de Djalal, imam comme son père avant lui et son grand-père. Par contre, la mère de Jalal était une historienne spécialiste de l'Antiquité algérienne, et à travers la présence de son mari sur une photo en compagnie de révolutionnaires impliqués dans la lutte anticoloniale des années Soixante, on comprend très vite que le paradoxe du couple entre un imam et une femme révolutionnaire est au cœur de l'énigme.
Jalal n'a gardé qu'un souvenir très austère de son père. Il n'arrive pas à croire à cette deuxième vie qu'il découvre en fréquentant ses anciens partenaires. Chacun décrit un bon vivant, aimant la danse, et très loin du personnage silencieux qu'il est devenu en tant qu’imam.
Cette quête du fils va nous permettre de revisiter toute l'effervescence révolutionnaire dont Alger fut l'épicentre dans les années Soixante. D'effectuer aussi un panoramique entre l'Inde, Cuba et les mouvements panafricains où se reconfigure l'Algérie nouvellement indépendante.
Le secret d'Alger - Adib Benazzi – Presses de la Cité – 304 pages – 21€ - ***
Lionel Germain


