Quelques décennies en arrière, on comparait le Liban à la Suisse. Mais les coalitions aux intérêts contraires, bien aidées par les pays voisins, ont fini par atomiser le miracle libanais en délégitimant les institutions multi confessionnelles.
Si Frédéric Paulin en scénarise le drame dans sa trilogie chez Agullo, il ne perd jamais le lien avec la France et sa volonté de maintenir une présence diplomatique au Moyen-Orient. David Hury, lui, a fait le choix de l'immersion complète dans le pays du cèdre avec le personnage de Marwan Khalil qu'on a découvert dans "Beyrouth Forever". Un flic chrétien proche des milices dont la sœur est morte dans les attentats de 1982 contre Bachir Gemayel et dont la propre fille, Maha, a été défigurée après l'explosion du port en 2020.
Dans "Beyrouth Paradise", Marwan n'est plus flic mais détective privé à la recherche d'une jeune prostituée ukrainienne disparue. Même si le quartier chaud de Maameltein "n'est plus que l'ombre de lui-même", le Paradise est "ce temple du sexe tarifé" qui "scintille dans la nuit. Telle une anomalie dans ce paysage de désolation". Malgré la guerre civile et les guerres tout court, il reste des clients à la recherche d'un fantasme de "fille de l'Est aux cheveux blonds."
Avec ce héros désabusé mais toujours sur le pont du Titanic oriental, on rit, on pleure et on respire "libanais". Les enseignes des bordels clignotent une fois sur deux, l'électricité est une denrée rare, et pourtant la vie continue. La mort aussi bien sûr. Chaque jour est une aubaine pour les survivants qui s'affairent dans une ville déglinguée.
On s'étonne de cet élan vital presque indifférent au bruit des bombes et à la corruption. Au volant d'une Alfa d'un autre âge, Marwan tient la route, se protège du chaos contemporain en écoutant les vieilles cassettes de Chris de Burgh, les échos étranges de "Jerusalem is lost" ou ceux pleins d'espoir de "I'm going home".
Beyrouth Paradise – David Hury – Liana Levi – 320 pages – 20€ - ***
Lionel Germain
Lionel Germain
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