Il y a des livres qui font du bien. Au rayon polar, c'est assez rare, on en conviendra, et Armelle Hérisson réussit un petit exploit pour sa première série noire. Cette enseignante à Clichy, agrégée et docteure en littérature française, construit une intrigue déprimante mais nimbée d'éclaircies dans le maquis des ombres où se joue la grande Histoire.
D'abord victimes avant d'être bourreaux, on y retrouve ces jeunes gens de la Waffen SS que les nazis ont recrutés dans la Hongrie de 1944. Bien qu'enrôlés sous la
contrainte, certains deviendront des exécutants dociles soumis aux
tortionnaires.
Le lecteur devine un lien avec l'assassinat de huit femmes des décennies plus tard, en 1980, puis sept ans après à Laval, avec la mort par balle d'une inconnue au pied d'une cité HLM. Cette dernière victime, Sophie Siegler, se faisait passer pour une employée du recensement. Elle est bientôt identifiée comme pigiste d'un journal spécialisé dans les faits-divers, sans aucun mandat de sa rédaction pour fouiner sur le passé ou les origines ethniques des habitants, ni même pour effectuer de quelconques recherches à Laval.
Armelle Hérisson avance sur deux fronts, l'histoire de ces jeunes hommes embarqués dans un voyage au bout de l'horreur de la Seconde guerre mondiale, et le retour aux année 80 en compagnie de Ralu et Thomas. Ralu est un commissaire dont l'épouse est atteinte d'une maladie incurable, et Thomas, le jeune flic qui mène l'enquête à ses côtés, est un familier des lieux du crime.
Le premier est un ours mal léché qui dissimule ses blessures intimes sous une carcasse difficile à caser dans l'habitacle d'une voiture de service. Thomas, lui, est un débutant pétri de crainte à l'idée d'exercer au cœur d'une cité où il vit toujours. Un premier roman à la construction impeccable avec des personnages que l'autrice nuance avec beaucoup d'humanité.
La mort malgré lui – Armelle Hérisson – Série noire Gallimard – 396 pages – 20€ - ***
Lionel Germain
Lionel Germain
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