L’affichage - et la référence répétée pour cette série - est le livre éponyme d’Edyr Augusto, journaliste, écrivain et dramaturge originaire de Belém (État du Para, nord du Brésil), réputé pour ses romans courts, incisifs et percutants, sa prose "nerveuse", "sèche" et "vertigineuse".
Si l’on revient, une fois encore, sur la fidélité – supposée ou non – de la série au roman, sur les ressemblances et dissemblances entre le travail de l’écrivain et celui du metteur en scène, on réalise rapidement la distance existant avec le récit d’Edyr Augusto.
En condensant sur 4 épisodes cette adaptation, le réalisateur Quico Meirelles (avec comme co-réalisateur son père Fernando Meirelles, "La cité de Dieu") et le scénariste Bràulio Mantovani, réduisent l’histoire – qui n’est pas une histoire vraie – à la trajectoire de trois personnages dans une plongée suffocante dans les bas-fonds de l’Amazonie où se mêlent pauvreté, traite de filles mineures ("sentant le lait"), violence et corruption de l’administration.
Ce sont les destins entrelacés de Janalice (Domithila Cattete), belle adolescente blonde de 14 ans victime d’une sex-tape, rejetée par sa famille et enlevée par des pirates fluviaux ("ratos de aguà"), gangs de voyous écumant les flots labyrinthiques de Para pour piller sans merci les embarcations; de Prea (Lucas Galvino) - qui se fera plus tard appeler Jonas - héritier criminel du gang de son père, acteur direct du trafic des mineures pour des réseaux de prostitution de Cayenne, un peu "chef malgré lui", troublé par Janalice dont il devient amoureux fou; et de Mariangel (Marleyda Soto), ex-guerillera des Farc, colombienne réfugiée au Brésil, assoiffée de vengeance vécue comme une nécessité vitale, après le massacre des siens sous les coups et les balles de ces mêmes "ratos", inébranlable dans sa détermination à rendre justice par ses propres moyens.
Fresque chorale oppressante, "Pssica" atteste, par son nom, de son ancrage géographique, cette expression familière de l’État du Para signifiant "malédiction", "malchance" ou "mauvais présage". Les trois protagonistes se croiseront, tentant chacun de briser la malédiction qui les hante, fruit, croient-ils peut-être sincèrement, d’une force malveillante.
Leurs destins tragiques révélant l’impossibilité d’échapper à la violence quand elle devient la règle et non l’exception. Cette violence frontale atteint son paroxysme à Cayenne, dans un dernier épisode "tarantinesque" qui brise l’exercice implicitement annoncé d’être avant tout une adaptation littéraire, et fait, en définitive, "retomber le soufflé" amazonien.
L’écriture d’Edyr Augusto, son style télégraphique, "mitraillette", déconcertant, trouve son pendant dans un montage et un rythme visuel frénétiques, empreints d’une esthétique "noir équatorial" immergeant le spectateur dans la réalité chaotique des personnages, piégés par la "pssica" qui commande leur monde. Véritable miroir social d’une Amazonie belle, féroce et fracturée, la série souffre, en son terme, d’une dommageable faiblesse narrative qui nous laisse un goût d’inachevé.
Pssica (Rivers of Fate): saison 1 (4 épisodes) – ** - Netflix
Créée par Bràulio Mantovani
Réalisée par Quico Meirelles, Fernando Meirelles
Avec: Domithila Cattete, Lucas Galvino, Marleyda Soto, Maycon Douglas
Alain Barnoud
Créée par Bràulio Mantovani
Réalisée par Quico Meirelles, Fernando Meirelles
Avec: Domithila Cattete, Lucas Galvino, Marleyda Soto, Maycon Douglas
Alain Barnoud