Nombre total de pages vues

mercredi 26 novembre 2025

NO-KI-A !, investir dans l'humain


Lorsque le charismatique président de Nokia, Kari Kairamo (Kristo Salminen) se suicide le 11 décembre 1988, l’entreprise de téléphonie – outre le caoutchouc et le papier – tremblait déjà sur ses bases. Finies les fêtes annuelles de célébration des résultats, comme celle d’avril 1988, où tout l’état-major se gargarise: d’excellents en apparence, les résultats en question ont sombré dans le rouge vif. Car si 1987 avait été une année de forte expansion et d’acquisitions, notamment dans le secteur de l’électronique grand public, ces acquisitions multisectorielles et internationales ont généré un endettement colossal que les banques ne veulent plus assumer. 

L’action s’est effondrée, des décisions stratégiques sont à prendre. Vendre le secteur "papier", dont Nokia fut un acteur majeur, pour faire rentrer du cash, il n’en est pas question pour Kari Kairamo dont la grande devise d’homme visionnaire, créatif et fantasque, était "Investing in people", "Investir dans l’humain". 

Dès après son décès, il faut très vite se recentrer sur les industries du futur, essentiellement la téléphonie mobile. Nokia était déjà engagée dans cette voie en 1987 grâce à son téléphone portable de pointe le "Cityman", de la taille d’une chaussure. Mais la concurrence était cependant rude, principalement avec Motorola et son "Micro Tac", deux fois moins lourd.

Un trio de choc composé d’un cadre ambitieux et clairvoyant Jorma Ollila (Sampo Sarkola), d’un ingénieur surdoué, workaholic et tête brûlée, Risto Salminen (Aku Sipola) et d’une jeune juriste déterminée, Katarina Tammi (Satu Tuuli Karhu), va mettre toute son énergie – et même au-delà – pour relever le défi de la miniaturisation et du passage capital de l’analogique NMT au numérique GSM. Tous trois persuadés que l’entreprise peut devenir un des très grands de la téléphonie mondiale et qu’elle doit choisir entre la faillite ou le génie, ils veulent redéfinir et opérer des choix stratégiques majeurs.

Une vraie course d’obstacles, passionnante, qui met en relief les relations humaines, les luttes personnelles, les alliances et les doutes. Une tension qui va croissant lorsqu’il faut affronter un procès à haut risque contre le géant américain Motorola, pour contrefaçon et violation de droit. Dans ce duel au couteau, ce David contre Goliath version tech, Katarina va démontrer toute son ingéniosité, faisant preuve d’une maîtrise et d’un talent exceptionnel, avec l’aide efficace de son collègue – et vieil ami de fac – Aki Makkonen (Emil Kihlström). 

Le génie, c’est celui de Risto et de son équipe de geeks azimutés, "le gang de Salo" (petite ville à l’Est d’Helsinki) acharnés au travail, et dont le cri de guerre est NO-KI-A ! Dans le cadre du programme "Objectif Europe Juillet 91", ils veulent être les leaders dans le développement du premier mobile GSM numérique. Ce sera le mythique Nokia GSM 101.

Pour cela, il faut investir et lors d’une réunion houleuse, c’est une pression maximale que, Risto, pilote du projet, met sur Jorma, trop sur la réserve à son goût. Ce dernier, lors d’un CA déterminant, obtiendra gain de cause, grâce à sa vision de l’avenir et à son pouvoir de persuasion. Ce sera alors le début de la prodigieuse aventure de cette marque qui a fait connaître la Finlande dans le monde entier.

Bien que mêlant business, ambition et bouleversements personnels, "Made in Finland", avec son aspect documentaire, ne s’inscrit pas dans la même lignée que les séries américaines consacrées aux start-up qui ont marqué leur époque, telles  "WeCrashed"(sur WeWork), "The Dropout" (sur Theranos) ou "Super Pumped" (sur Uber). Pas d’approche clinquante, pas de mystère, une saga haletante et fascinante, témoignant de l’histoire de la tech mondiale, mais aussi de l’authenticité d’un pays qui, avec son flegme et son esprit pince-sans-rire, donne toujours l’impression de se moquer de ses propres défauts.

Made in Finland – 1 saison, 6 épisodes (50 mn) – Arte.TV - *** 

Créée par Maarit Lalli, Kaarina Hazard, Jyrki Väisänen, Lassi Vierikko, Leo Viirret

Réalisée par Maarit Lalli

Avec Sampo Sarkola, Aku Sipola, Satu Tuuli Karhu, Kristo Salminen, Emil Kihlström, Oona Airola, Niina Nurminen
Alain Barnoud





mardi 25 novembre 2025

Un huis clos dans l’espace





Rétrofiction crépusculaire (nous sommes en 2021 et le fragile équilibre géostratégique qui avait présidé au lancement de l’ISS au tournant du siècle se fragilise), ce thriller très hard science se mue en drame métaphysique quand une fuite d’ammoniac se produit: si sabotage il y a, dans ce huis clos hyperconnecté, le coupable n’est-il pas l’étranger, le Russe, en passe de devenir l’Autre absolu?



Archéologue de formation, auteur de polars antiques encore inédits en français, Jakub Szamałek est aussi à l’aise dans le jeu vidéo (il est l’un des concepteurs de "The Witcher") et le thriller: sa trilogie sur le dark web a reçu plusieurs prix en France.

Pour "La Station", le réalisme époustouflant de ses descriptions basé sur une documentation extrêmement précise laisserait croire qu’il a accompagné Thomas Pesquet dans ses aventures (l’astronaute français figurant incidemment au casting p.38).

La Station - Jakub Szamałek - Traduit du polonais par Kamil Bararski - Métailié noir - 380 pages - 23€, ebook 12,99€.
François Rahier


Lire aussi dans Sud-Ouest




lundi 24 novembre 2025

Le monde menaçant de Peter


René Manzor a parfois travaillé en famille avec ses frères Jean-Félix et Francis (le plus sulfureux des Lalanne) mais il est aussi un auteur de polar, primé à Cognac en 2014.



Au cœur de la Pennsylvanie, survivre, c'est ce que Peter a appris de son père pour le jour où ils devront plier bagage devant un ennemi aussi mystérieux qu'insaisissable. L'enfant de 11 ans a subi pendant deux ans un entraînement de commando, est devenu un as aux échecs et a développé une mémoire phénoménale pour engranger des numéros de téléphone et des codes. Le père désormais disparu dans un lieu secret, c'est Peter qui a la charge de sa mère. 



Et le jour où cette menace devient tangible, il se réfugie avec elle dans une ferme de la communauté Amish. Sur ce thème périlleux de la théorie du complot, René Manzor a réussi un bon thriller américain. On veut absolument savoir quelle est la nature de cette menace, on tremble pour Peter.

Quand ils viendront - René Manzor – Calmann-Lévy – 448 pages – 21,90€ - ***
Lionel Germain


Lire aussi dans Sud-Ouest



mercredi 19 novembre 2025

Vilaines filles, mauvais garçon


Comment se débarrasser d’un beau-frère toxique? Il ne faut pas trop titiller les cinq sœurs Garvey, irlandaises bon teint, qui se sont promis, au décès prématuré de leurs parents, de toujours se protéger mutuellement. Quatre d’entre elles, Eva (Sharon Horgan), Ursula (Eva Birthistle), Bibi (Sarah Greene) et Becka (Eva Hewson) volent, de manigances en manigances, au secours de la cinquième, Grace (Anne-Marie Duff). 

Victime d’un mari violent, John-Paul (Claes Bang, "The Square", "The Northman"), odieux et tyrannique, Grace confie peu à peu à ses sœurs les souffrances et les humiliations qu’elle subit depuis des années de la part de ce grand narcissique pervers. Ayant juré sa perte, les frangines ne cessent d’échafauder des plans pour supprimer le "Gland" – "The Prick" dans la v.o., à savoir "le connard", et même, plus crûment, "la bite" - surnom qu’elles ont donné à celui qui leur rend à toutes la vie impossible et qui éprouve une extrême jouissance à faire le mal. 

Lorsque débute la série, nous assistons à ses obsèques, une cérémonie narquoise pour celui qui a été retrouvé mort dans un bois quelques jours plus tôt.

La tension va progressivement s’exacerber pour déterminer si l'une des sœurs a pu le faire passer de vie à trépas. Et, de plus, dans le cas d’un complot avéré, les sœurs se feront-elles prendre? Chacune d’entre elles a sa propre personnalité, son rôle distinct, et toutes restent unies dans la vie comme dans la mort. 

Les raisons et les moyens de chacune pour s’engager dans le projet de faire la peau au "beauf" seront l’objet de révélations successives bien ficelées. Ce dessein réalisé, elles se retrouvent très vite harcelées par un duo de frères assureurs, Thomas Claffin (Brian Gleeson) et son demi-frère Matthew (Daryl McCormack), prêts à tout pour prouver que la mort du "Gland" n’était pas accidentelle et pour ne pas payer l’assurance-vie. Une enquête qui, en conséquence, menace de révéler le crime du clan Garvey.

Série irlandaise non conventionnelle tournée à Sandycove, petit village côtier du comté de Dublin, "Bad Sisters" est le remake de la série belge "Le clan" (2012), et revisite subtilement l’humour classique anglais qui prend là un ton plus macabre, noir et décalé. Portée magistralement par Sharon Horgan – interprète formidable de l’excellente série "Catastrophe", saluée par le public international – "Bad Sisters" est autant un drame, qu’une comédie, qu’un thriller célébrant de façon bouleversante la force de la sororité.

Actrice et co-productrice, Sharon Horgan a lancé sa carrière après ses 30 ans à la BBC et est devenue une figure incontournable de la comédie Outre-Manche. Admirablement convaincante dans le rôle d’Eva, la "meneuse" du clan, elle pose un regard acéré sur la société britannique, attaque de front le sujet des violences conjugales et du patriarcat. 

On est souvent proche de "Big Little Lies" ou de "Desesperate Housewives" quand se mêlent, sans clichés, la comédie et le drame. Comme Au travers du récit de ce qu’a enduré Grace, l’épouse soumise, toujours rabaissée et sans cesse appelée cruellement "maman" par le "Gland". En s’en prenant à l’absence de réaction de sa femme, il se sentait exister, avant que la vengeance des sœurs ne lui soit fatale.

Bad Sisters (saison 1, 10 épisodes de 60 minutes) – **** - Apple TV+

Créée par Sharon Horgan, Brett Baer, Dave Finkel

Réalisée par Dearbhla Walsh, Josephine Bornebusch, Rebecca Gatward

Avec : Sharon Horgan, Eva Birthistle, Sarah Greene, Eva Hewson, Anne-Marie Duff, Claes Bang, Brian Gleeson, Daryl McCormack
Alain Barnoud






mardi 18 novembre 2025

La grande guerre des Mechas


Dernier article inédit que nous avait confié François. Tous les mardis sur les réseaux sociaux, nous publierons une de ses anciennes chroniques. Black-Libelle

*****

Dans un futur à la géopolitique cabossée – le Royaume-Uni post Brexit a rejoint les States qui s’immiscent dans une guerre intra-européenne entre une Scandinavie socialiste et des états consuméristes – une petite escouade est envoyée au-delà de la ligne de front récupérer un soldat perdu, et sans doute très important, un "Héritier". 

Nous reconnaissons bien sûr ici le pitch du film de Steven Spielberg "Il faut sauver le soldat Ryan". Mais nous ne sommes plus en 39-45, et ces simples soldats – un peu "augmentés" quand même -, sont de la chair à canon, des "petits, [des] obscurs, [des] sans grades", comme le dit Rostand dans L’Aiglon. 



La gloire sur le terrain revient à des chevaliers des temps futurs, que l’auteur appelle des "Scions" en anglais ou des "Héritiers" en français, que le titre original désigne comme des "Ironclads" et la traduction comme des "Cuirassés". Des gamins bourrés de fric qui s’amusent comme des petits fous, nichés au creux de gigantesques et onéreuses machines de guerre humanoïdes, et que leurs papa-maman veulent récupérer s’ils ont été un peu trop loin? Pas si simple que ça quand même, l’intrigue est complexe et pleine de leurres. 


Les "Mechas" comme on les appelle aujourd’hui sont apparus au Japon dans les années 1970 avec la vague du manga et de l’anime, "Goldorak" au tout premier chef. Et la SF militaire japonaise aujourd’hui leur fait une place importante. Mais on retrouve ces exosquelettes guerriers un peu partout, au cinéma en particulier, depuis "Aliens", le retour, avec celui qu’emprunte Ripley pour combattre le monstre, ou la franchise des "Avatar" de James Cameron, dont le 3e opus sort sur les écrans le 17 décembre - et également dans l’univers de la BD ou du gaming. 

Tchaikovsky est anglais et a été révélé par "Dans la toile du temps" en 2018, une histoire de colonies spatiales où l’hypothèse de la terraformation rejoint celle du transhumanisme. Amateur de SF militaire il avait imaginé plus tard, dans "Chiens de guerre" le soldat augmenté idéal, des chiens, des ours, pourquoi pas des abeilles, tous biomorphes, générés par des programmes informatiques, connectés – et surarmés. Le livre adoptait le point de vue du chien. Ici c’est un sergent-chef qui parle, un sergent-chef à la Heinlein, qui ne s’en laisse pas conter, gouailleur et fidèle. "Chef, oui chef".

Cuirassés – Adrian Tchaikovsky – Traduit de l’anglais par Laurent Queyssi - Le Bélial’ – 151 pages – 12,90 €
François Rahier




lundi 17 novembre 2025

Du mauvais côté de nous-mêmes


Joanna sort un soir pour boire un verre avec une amie quand un homme l'agresse sexuellement en public. Son caractère furtif et la présence des autres qui ne remarquent rien, rendent l'agression encore plus effrayante. Sur le chemin du retour, elle pense être suivie par ce même agresseur. Saisie d'une peur incontrôlable quand l'homme se rapproche, elle se retourne, le pousse violemment, il tombe…  et elle découvre avec stupeur qu'elle a tué un parfait inconnu en train de faire son jogging.  




À partir de là Gillian McAllister  développe son roman autour de deux hypothèses: se taire ou avouer. En alternance d'un chapitre à l'autre, Joanna s'offre en victime expiatoire du crime qu'elle pense avoir commis ou en coupable sans courage qui refuse d'affronter les conséquences de son acte. Héroïne tellement proche qu'on se prend à redouter le jour qui pourrait nous contraindre à basculer du mauvais côté de nous-mêmes.




L'instant d'après – Gillian McAllister – Traduit de l'anglais (GB) par Caroline Nicolas – Sonatine – 426 pages – 23,90€ - ***  
Lionel Germain


Lire aussi dans Sud-Ouest




mercredi 12 novembre 2025

La hantise Bergman


Dans "Infidèles" ("Faithless"), le réalisateur suédois Tomas Alfredson adapte, pour une série en six épisodes, un scénario original – le plus autobiographique - qu’Ingmar Bergman écrivit dans les années 70, avant son décès. Intitulé "Infidèle" (sans "s"), cette histoire a été transposée sous le même nom au cinéma en 2000 par Liv Ullman, qui fut sa muse et sa compagne. 

Une histoire vraie, vécue par Ingmar Bergman, évoquant le souvenir d’une passion de jeunesse marquée par un adultère et le fantôme d’une ancienne conquête. Tomas Alfredson ("Morse", "La Taupe") et la scénariste Sara Johnsen reprennent à leur compte cet épisode de la vie du réalisateur suédois, marié à cinq reprises, en la remodelant et en la modernisant en un récit choral où le point de vue de chacun importe dans ce triangle amoureux classique.

David Howard (Gustav Lindh), jeune metteur en scène et réalisateur de cinéma en vogue, tout juste divorcé, décide de revenir habiter à Stockholm. Il y retrouve Markus Vogler (August Wittgenstein), un cher ami d’enfance, musicien de jazz reconnu, marié à Marianne (Frida Gustavsson), comédienne, et Isabel (Poppy Klinterberg Hardy) leur fille d’une dizaine d’années. 

Une petite bande d’adultes bohèmes et sans contraintes apparentes se crée, mais qui va, à force de rapprochements entre David et Marianne par le biais du théâtre et du cinéma, prendre un chemin très particulier. Une attirance réciproque qui va faire basculer leurs vies. Celle de Markus, trop absorbé par son travail, et surtout celle d’Isabel, imaginative et sensible, amoureuse-enfant de David. Son cocon affectif va exploser, elle dont la présence souligne ce que les adultes refusent de voir: l’impact de leurs actes au-delà d’eux-mêmes. Elle deviendra l’enjeu stratégique du divorce.

Le thème du triangle amoureux prend son originalité, et en cela se renouvelle dans son narratif, grâce à un bond dans le temps. L’histoire se raconte alors sur une période différente, quelques décennies plus tard, lorsque David et Marianne se retrouvent: triste vie de deux vieillards isolés portant le poids de leurs souvenirs, passion dont le passé remonte à la surface et ouvre les yeux de David sur cette relation et les dégâts qu’elle a pu causer.

Chez Tomas Alfredson, cette liaison est essentiellement le fruit d’une folle attirance sensuelle et sexuelle réciproque, d’un puissant désir charnel, qui ne se concentre pas uniquement sur la culpabilité masculine comme chez le maître suédois. La femme elle-même subit les ravages de ses choix, de ses erreurs et de leurs conséquences.

Les personnages ne sont pas figés dans un rôle de coupables ou de victimes, traversés, tels qu’ils apparaissent, par leurs contradictions. Avec pour conséquence qu’une décision intime peut, avec tout son lot de désillusions, se répercuter sur une vie entière.

Lena Endre, qui fut Marianne chez Liv Ullman et proche d’Ingmar Bergman, et reprend ce rôle, mais en septuagénaire cette fois, ajuste avec clairvoyance les points de vue et les comparaisons possibles avec la série de Tomas Alfredson: qu’importe le format, pourvu qu’on touche à l’essentiel, les films d’Ingmar Bergman interrogeant sur "comment vivre ensemble malgré toutes nos peurs et notre méconnaissance de nous-mêmes. C’est une question qui se posera toujours". On peut patiemment mais résolument plonger dans les dédales du désir et de la mémoire de ce couple bergmanien.

Infidèles – 1 saison, 6 épisodes (45 mn) – Arte.TV - **** 

Créée par Sara Johnsen

Réalisée par Tomas Alfredson

Avec Frida Gustavsson, Gustav Lindh, August Wittgenstein, Poppy Klintenberg Hardy, Lena Endre, Jesper Christensen, Malin Crépin, Léonie Vincent
Alain Barnoud







lundi 10 novembre 2025

La vie de Brayan


On l'appellera Monsieur J. C'est un instituteur modèle et le personnage grâce auquel Julien Fyot va nous inviter dans les coulisses de son école primaire. Tout va tellement bien dans le CM2 de Monsieur J. que le directeur n'hésite jamais en début d'année à lui proposer l'accueil supplémentaire de l'élève "à problèmes". Cette année, ce sera Brayan. 



Et bien sûr, Brayan, c'est le grain de sable dans la mécanique d'une classe d'ordinaire sans histoire. Si la vie de Brayan explique son inadaptation à la vie scolaire, celle du petit Tom est en revanche le fruit d'un modèle apparent de sérénité familiale. Brayan et Tom, ce pourrait être le feu et la glace. Mais rien n'est jamais aussi simple. Tom est le fils d'une institutrice qui a perdu un premier enfant. Malgré le drame qui a précédé sa naissance, Tom est un élève empathique et sérieux, quand Brayan est le roi des trublions. 


Julien Fyot multiplie les angles d'observation de cet espace où les enfants et les adultes sont assignés à une cohabitation dans laquelle les enjeux de pouvoir viennent sans cesse perturber la transmission des connaissances. Même monsieur J., le héros du roman, est un professeur dont l'armure se désagrège. Et quand Tom meurt dans des circonstances troublantes, le maître parfait et la mauvaise graine de Brayan se retrouvent prisonniers d'un pacte auquel l'auteur réserve une chute surprenante.
 
Mais le roman de Julien Fyot est avant tout la mise en scène d'un naufrage. Si l'Éducation nationale est le vaisseau amiral de l'administration française, sur les coursives, ça ressemble davantage au Titanic. Les démissions successives de l'instituteur s'affichent en contre exemples du discours officiel. L'inclusion y est une injonction sans cesse démentie par l'impuissance des enseignants à la mettre en œuvre. Professeur des écoles en éducation prioritaire à Paris, l'auteur dont c'est l'excellent premier roman connaît bien son sujet. 

Décrochages - Julien Fyot – Éditions Viviane Hamy – 392 pages – 21,90€ - **** 
Lionel Germain


Lire aussi dans Sud-Ouest



mercredi 5 novembre 2025

Hystérique Hollywood


De longue date, l’exploration des coulisses d’Hollywood a fourni matière (par exemple, dernièrement, avec "The Franchise") à de joyeuses et irrévérencieuses satires. Les compères Seth Rogen et Evan Goldberg ("Supergrave", "C’est la fin", "L’interview qui tue!", "Sausage Party", "Preacher") s’en donnent à cœur joie dans "The Studio", comédie mordante qui tourne en ridicule l’industrie du cinéma hollywoodien. 

Seth Rogen y interprète lui-même Matt Remick, producteur de seconde zone travaillant pour le studio Continental qui, lorsque sa supérieure Patti Leigh (Catherine O’Hara) se fait virer, est promu à la tête de la major. Féru de cinéma d’art et d’essai, rêvant de réaliser un grand film d’auteur, Matt se trouve très vite confronté à la volonté de son PDG, le cynique Griffin Mill (Bryan Cranston), de faire passer les intérêts financiers de Continental - et son redressement - en signant des blockbusters façon Marvel ou Lego. 

Matt va devoir renoncer à ses principes et à ses rêves, sous peine d’être lui-même débarqué, et va se voir imposer la production d’une franchise autour de Kool-Aid, nom d’un personnage publicitaire et d’une boisson en poudre infiniment chimique à destination des adolescents. Projet dans lequel il embarque et tente de duper Martin Scorcese, qui voulait réaliser, avec le financement du studio, un film sur le massacre de Jonestown en 1978.

Sur une dizaine d’épisodes, Seth Rogen et Evan Goldberg mettent en scène une pléthore de vedettes de cinéma jouant leur propre rôle (façon 10%), incroyable galerie de "guests" qui n’hésitent pas à se moquer d’eux-mêmes: Martin Scorcese, bien sûr, Ron Howard, Zac Efron, Charlize Theron, Adam Scott, Zoë, Paul Dano et bien d’autres. Chacun de ces épisodes filmés en plan-séquence autour d’un événement précis est l’occasion de mémorables péripéties de tournage, au terme d’un processus accablant: phases de casting, discussions avec les exploitants, marketing, choix du réalisateur… 

L’équipe – très caricaturale – qui entoure Matt, crée la parfaite illusion de ce qu’est la vie d’un studio et de la folie qui y règne : Sal Saperstein (Ike Barinholtz), alter ego un peu gauche servant essentiellement à éviter les catastrophes, Quinn Hackett (Chase Sui Wonders), ancienne assistante promue directrice de la création et qui peine à dire non à des acteurs ou à des réalisateurs, et Maya Manson (Kathryn Hahn), cheffe marketing hyper branchée et quelque peu dérangée. 

Matt lui-même bataille furieusement, recherchant désespérément l’approbation des plus grands, jonglant entre pression commerciale et désirs créatifs. Il doit cependant, bien malgré lui, adopter l’art du compromis, mais le patron cool et branché qu’il veut être s’avère malhabile, gaffeur, pusillanime et lâche, choix après choix, non-choix après non-choix.

Baignée dans une hystérie générale quotidienne, avec ses dialogues survitaminés, la série, truffée de références cinématographiques, nous plonge dans le monde implacable des studios hollywoodiens, où la réalité se transforme en une comédie hallucinée. Mais Seth Rogen et Evan Goldberg, vieux complices trublions au mauvais esprit subversif, rendent, en fin de compte, avec "The Studio", un hommage amoureux au cinéma, aux cinémas qu’ils aiment.

The Studio – 1 saison, 10 épisodes – Apple TV+ - *** 

Créée par Seth Rogen et Evan Goldberg

Réalisée par Seth Rogen

Avec Seth Rogen, Catherine O’Hara, Bryan Cranston, Ike Barinholtz, Chase Sui Wonders, Kathryn Hahn
Alain Barnoud






En route vers les étoiles

 

François-Xavier Rahier (2016) @Henninger Bernard

C'est avec une immense tristesse que nous apprenons le départ brutal de François Rahier vers cet autre monde dont il apprivoisait sans cesse les échos dans ses articles pour Sud-Ouest dimanche et depuis quelques années pour Black-Libelle. François était un ami. Il reste parmi nous. Son prochain article encore inédit sera publié le 18 novembre, comme prévu. Et chaque mardi, encore, il reviendra nous donner des nouvelles du cosmos. 
Black-Libelle


Lire aussi dans Sud-Ouest





mardi 4 novembre 2025

SF: Paysages de fantaisie et expériences de pensée


Les paysages de fantaisie de la science-fiction, au cinéma, dans la BD mais aussi bien sûr dans les livres, quand ils ne sont pas l’aboutissement de la réflexion d’un auteur qui prend la science au sérieux (Asimov, Herbert), stimulent parfois à rebours l’inventivité des chercheurs qui les prennent comme point de départ d’étonnantes expériences de pensée. 

Bachelard a bien montré la complémentarité de l’imagination créatrice et de l’imagination rationnelle, plus proches l’une de l’autre que de l’imagination simplement reproductrice. En son temps, Kant disait déjà que dans l’art l’entendement était au service de l’imagination, et que dans la science l’imagination était au service de l’entendement. 

On a vu dans une période récente, en particulier depuis la découverte des premières exoplanètes, comment les "vues d’artistes", dans les revues scientifiques ou les publications de la NASA, suppléaient l’impossibilité de produire des représentations de ces planètes, qui n’étaient, au début, tout au plus que des déductions physico-mathématiques.

On trouve un exemple particulièrement pertinent de ce rapprochement entre la science et la fiction dans la petite somme que vient de publier Le Bélial’ concernant "Avatar", le film. La collection "Parallaxe", dirigée par Roland Lehoucq, offre d’ailleurs depuis quelques années régulièrement des livres illustrant cette problématique, "Dune", "La Vie alien", "Station Métropolis direction Coruscant", etc. 

Cette "Exploration scientifique et culturelle de Pandora" qui vient de paraître, presque comme une préface au 3e opus de la saga cinématographique de James Cameron ("Avatar : De Feu et de Cendres", sortie prévue le 17 décembre prochain), est réellement époustouflante. 

Sous la houlette de Roland Lehoucq, lui-même astrophysicien, ce ne sont pas moins de douze chercheurs, astrophysiciens, biologistes, paléontologue, linguiste, anthropologue, chimiste, historien de l’art, etc. qui s’attaquent à la fiction concoctée par Cameron – en la prenant très au sérieux, et pas en se disant "Si c’était vrai?" mais "Comment cela pourrait-il être possible?"

Un premier chapitre s’interroge sur le vaisseau spatial utilisé dans le film: Comment le "Venture Star" pourrait-il atteindre Pandora? Il s’avère que le réalisateur n’a pas bricolé n’importe quoi et que son vaisseau est très crédible, même si nos technologies sont encore loin de pouvoir réaliser un tel exploit. 

Un autre chapitre s’arrête sur le "Contexte astrophysique de Pandora", le monde des Na’vis, un satellite de la planète imaginaire Polyphème, géante gazeuse gravitant autour de la bien réelle Proxima du Centaure; le chapitre s’arrête en particulier sur la notion de zone habitable où l’eau en surface est liquide. 



Les "Monstres et merveilles de Pandora" et en particulier ses "plantes cognitives" sont eux aussi pris en compte, entre science et fantasmes, biologie et fiction. Un des chapitres les plus étonnants est celui qui porte sur la langue des Na’vis: Cameron a travaillé avec le linguiste Paul Frommer pour imaginer la langue de ce peuple, sa phonologie, sa grammaire, son lexique (près de 3000 mots). Et Frommer était présent sur le tournage pour corriger la prononciation des acteurs! 


À la recherche de notre humanité, cette histoire que Cameron porte en lui depuis sa jeunesse (une première esquisse des paysages d’Avatar faite à 19 est mise en ligne sur son site), est peut-être un anti-Alien: l’extraterrestre, comme jadis le peau-rouge, n’est plus l’autre absolu. S’il faut se considérer "Soi-même comme un autre" ainsi que le disent les auteurs en paraphrasant le philosophe Paul Ricoeur, à la fin, alors cette saga ouvre un espace initiatique pour changer de point de vue. Belle péroraison.

Avatar. Exploration scientifique et culturelle de Pandora – sous la direction de J.-Sébastien Stever et Roland Lahoucq – Parallaxe/Le Bélial’ – 277 pages – 19,90€
François Rahier



lundi 3 novembre 2025

Eaux et forêts


Depuis "Bondrée" (Prix des lecteurs Quais du Polar/20 Minutes en 2017) ou "Rivière tremblante" en 2018, Andrée A. Michaud joue avec nos nerfs. En combinant dans ses romans les maléfices des eaux noires et des forêts profondes du Canada, la nature  y devient un officiant du drame. Comme dans ce dernier livre où Max, Laurence et leur petite file Charlie espèrent passer des vacances agréables au camping du Lac aux sables. 



Malgré cette invitation à la baignade que promet le titre, le charme est rompu par une injonction du propriétaire qui interdit la nudité de la petite Charlie. Un faux pas ridicule prélude à un remake de la "nuit du chasseur". Avec la complicité d'une météo infernale, toute la famille se retrouve traquée dans un paysage de cauchemar. Andrée A. Michaud orchestre la tempête sur les mauvais versants de l'âme humaine et son incursion sur les rives du Lac aux sables réjouira les amateurs de suspense.  



Baignades – Andrée A. Michaud – Rivages noir – 240 pages – 21€ - *** 
Lionel Germain


Lire aussi dans Sud-Ouest



mercredi 15 octobre 2025

Notre père qui étiez flic


Yusuf (Ali Atay), policier quarantenaire à Istanbul, ne supporte pas son divorce, ni que sa femme Feride (Esra Kizildogan)et leur fille vivent désormais avec Trunç (Cem Zeynel Kiliç), un homme d’affaire véreux. Son supérieur hiérarchique, Selahattin (Mehmet Özgür), l’envoie, pour le calmer, passer quelques jours chez son ami Cevdet Bayrakçi (Haluk Bilginer) et sa femme Nermin (Nur Sürer), dans leur maison familiale du "village" au bord de la côte, où ils se sont retirés à la retraite de Cevdet. 

De longues années durant, Cevdet exerça la fonction de surintendant au sein de la police stambouliote, et fut à cette époque, l’instructeur, presque le mentor de Yusuf. Ce séjour cache une mission réelle et délicate, une enquête dissimulée sur la disparition accidentelle et mystérieuse du fils aîné des Bayrakçi, Taner (Serkan Keskin). Celui-ci fut, dans ce "village", le meilleur ami de jeunesse de Yusuf. 

Quels faits évoque-t-on? La voiture de Taner a plongé dans la mer alors qu’il était accompagné d’Emel (Tülin Özen), la femme de son frère cadet Tarik (Okan Yalabik), décédée dans l’accident. Mais le corps de Taner n’était pas dans le véhicule. Depuis lors, Tarik vit avec ses parents, devenant au fil du temps complètement alcoolique, esprit fou sujet à de très sévères phases psychotiques, à des visions, à des hallucinations. 

Après une mise en route un peu lente pour installer le décor, le rythme de la série s’accélère, en dépit d’un certain abus de flash-back tendant à apporter un peu de confusion dans la progression du récit. Cela concédé, l’intérêt dominant de "Masum", outre les lourds secrets cachés et un peu de corruption, réside dans le huis clos de la famille Bayrakçi: ses conflits, ses névroses, le déni protecteur des parents, démunis face à la maladie mentale, l’impuissance des amis et des proches. 

Tous ces personnages, dont les itinéraires se croisent ou s’imbriquent, sont guettés par la folie. Les femmes tiennent un rôle central dans cette Turquie au patriarcat violent, où les univers urbains et modernes, et ceux traditionnels et ruraux s’entrechoquent, dans un puissant et oppressant environnement, social comme géographique.

Yusuf devra en fin de compte enquêter sur un meurtre, et pourra en cela compter sur l’aide de l’intrigante Rüya (Irem Altug), la femme de Taner. Il sera, au bout du suspense constant de ce drame familial, le témoin impuissant d’un dénouement plein de folie furieuse, et aussi d’une ultime révélation.

Masum signifie "innocent" en turc. L’éventail de l’"innocence" apparaît en l’espèce très peu large. A moins que l’interprétation qu’on pourrait en faire soit "pauvre d’esprit"?

Masum (Innocent) – 1 saison, 8 épisodes – Netflix - **** 

Créée par Berkun Oya  

Réalisée par Seren Yüce  

Avec Ali Atay, Haluk Bilginer, Serkan Keskin, Bartu Küçükçaglayan, Tülin Özen, Nur Sürer, Okan Yalabik, Irem Altug, Mehmet Özgür, Cem Zeynel Kiliç, Esra Kizildogan
Alain Barnoud






mardi 14 octobre 2025

Retour à Ithaque


Laurent Gaudé, à sa manière, est un lanceur d’alerte. Partant à la rencontre de ce qui, dans notre monde, est déjà dystopique, ses fictions se nourrissent de la lecture des journaux, les dômes climatiques existent, les chasseurs d’iceberg aussi, et les endroits du monde où des enfants esclaves creusent la terre pour nous procurer de l’énergie sont bien réels. 


La littérature a cette force d’alerter, à travers des histoires, sur ce qui peut advenir. En un sens, tout est vrai dans ce livre. "Ce que nous voyons, est-ce que cela ne nous rend pas coupable? Et tout ce que nous ne faisons pas?" demande l’un des personnages, questionnant notre passivité de nantis face aux malheurs du monde. Zem a choisi de voir. L’ancien policier déchu, après sa traversée des enfers, retrouve sa patrie, comme Ulysse chez Homère. Et son ascension finale du mont Lycabette, à Athènes, là où bruissent peut-être encore les pas des dieux, donne sens à sa quête.



Zem - Laurent Gaudé - Actes Sud - 288 pages - 23 €
François Rahier

(Le 15 octobre 2025 sort au cinéma l’adaptation de "Chien 51" par Cédric Jimenez, avec Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulos, un des films les plus attendus de l’automne; une nouvelle version poche de "Chien 51" est publiée à cette occasion)


Lire aussi dans Sud-Ouest



lundi 13 octobre 2025

Faim de vie


Dans son précédent livre, "Il ne se passe jamais rien ici", Olivier Adam avait séduit par la grâce de Fanny, un personnage voué à disparaître. Olivier Adam est un styliste comme on le dirait en haute-couture. Il dessine des personnages taillés sur le réel en préservant la magie du romanesque. 

Dans ce dernier roman, il nous raconte Paul et Sarah d'abord, un duo auquel on ne comprend rien sans l'aura d'un troisième larron, Alex. Pour tisser le destin de ces trois-là, il faut retrouver le fil mystérieux qui les tient ensemble. 




Un secret d'enfance assez terrible pour les unir avant de les séparer. C'est cette reconstruction patiente de leur histoire que le roman choral nous fait partager. Comme il nous fait partager la géographie des assignations et le travail du temps sur nos promesses adolescentes. Une faim de vie qui se nourrit parfois de ténèbres, une mémoire aux failles sensibles.





Et toute la vie devant nous – Olivier Adam – Flammarion – 314 pages – 22€  - ***
Lionel Germain


Lire aussi dans Sud-Ouest




mercredi 8 octobre 2025

Les cabossés du sous-sol


A Edimbourg, dans le quartier de Leath Park, une inspection de scène de crime ouvre de façon radicale le premier épisode de la série: au terme d’une fusillade sauvage, le Capitaine Carl Morck (Matthew Goode, "The Crown", "Downtown Abbey", "Stoker") va être gravement blessé, son partenaire (et ami) James Hardy (Jamie Sives) reste handicapé à vie, un jeune policier est tué. 

Carl Morck a été un inspecteur brillant, mais aussi détesté pour son côté asocial et son arrogance, anglais lui-même méprisant les Écossais. Il va être nommé à la tête d’un nouveau service consacré aux homicides et autres crimes graves non élucidés, des "cold cases". 

La création de ce département n’est, pour l’essentiel, qu’un coup de pub destiné à redorer le blason de la police et à calmer la presse. Elle présente également l’avantage de se débarrasser d’un policier pas facile à vivre - voire sociopathe - incapable de jouer collectif, donc encombrant. 

Quasiment dénuée de moyens, logée au sous-sol humide du commissariat d’Edimbourg, dans des locaux sans fenêtres jouxtant lavabos et douches miteux, cette unité baptisée Dpt.Q devra faire ses preuves pour exister réellement. Carl Morck constitue alors son équipe, réduite, outre lui, à un improbable binôme : Akram Salim (Alexej Manvelov), informaticien, taciturne et mystérieux, ex-flic de la police syrienne, et Rose Dickson (Leah Byrne), une analyste redoutable au caractère bien trempé, mais encore sujette à des troubles post-traumatiques. 

Ce trio de cabossés, à la fois imparfait et complémentaire va, avec l’aide constante et efficace du vieux pote Hardy en fauteuil roulant, fonctionner à merveille. Leur première affaire, à défaut de dossiers brûlants, sera l’affaire Merritt Lingard (Chloe Pirrie). Jeune procureure ambitieuse et brillante, elle a subitement disparu sans laisser de trace depuis quatre ans: suicide, disparition volontaire? Glaciale et déterminée, elle devait compter avec des ennemis puissants, des confrères ambigus et un passé familial douloureux. Après une enquête bâclée restée sans réponse, l’affaire est classée mais l’énigme "Merritt Lingard est-elle toujours en vie?" demeure entière ou presque, car (et sans divulgâcher) Meritt est toujours vivante, quelque part. 

Moments majeurs de la série, la disparition et la recherche de Merritt nous font vivre la quête sinueuse de Carl, parsemée de rebondissements anxiogènes et de cliffhangers. Le "capitaine Carl" va user tout au long de son enquête de méthodes pas forcément orthodoxes, guère appréciées par des supérieurs peu enclins aux égards. 

Mais la mission sera accomplie. Mission au début de laquelle, caustique, sarcastique et désabusé, il avait déclaré qu’"il ferait le minimum sans état d’âme". 

Série transposée du Danemark en Écosse, et plongeant ses racines dans Edimbourg, ses bâtiments gothiques et son crachin, "Les dossiers oubliés" sont une nouvelle adaptation de "Miséricorde", l’opus 1 des Enquêtes du Département V, dix polars danois de Jussi Alder-Olsen. Cette première enquête "façon  nordique" du Dpt.Q, complexe, retorse mais toujours captivante, en préfigure sans doute d’autres sous la houlette du talentueux Scott Frank , auteur et réalisateur du "Jeu de la dame", de "Godless", de "Mister Spade" et scénariste de "Minority Report". On pourra aimer ou non le personnage de Carl Morck, flic hanté à l’ironie sèche, mais l’intrigue nous happe, la tension psychologique s’exacerbe, le suspense ne se relâche pas. On attend donc avec impatience un nouveau "cold case".

Les dossiers oubliés-Dpt.Q – 1 saison, 9 épisodes – Netflix - **** 

Créée par Scott Frank, Chandni Lakhani, Stephen Greenhorn, Colette Kane

Réalisée par Scott Frank, Elisa Amoruso

Avec Matthew Goode, Jamie Sives, Alexej Manvelov, Leah Byrne, Chloe Pirrie, Kelly Macdonald, Mark Bonnar
Alain Barnoud






lundi 6 octobre 2025

Salaire de la peur


Will a eu peur un jour où il n'aurait pas dû flancher. Avec pour conséquences un drame à la source de tous les reproches qui le hantent. Désormais adjoint au shérif d'une petite ville de Virginie dans laquelle il a grandi, il va devoir enquêter sur la mort de Tom, son ami d'enfance. Et pour éviter l'inculpation d'un innocent, il pourra compter sur l'aide d'une détective privée afro-américaine. 



Premier roman d'un écrivain dont la puissance excelle à faire surgir une Amérique rurale où les communautés se retranchent derrière leurs préjugés, "Nulle part où revenir" a été salué par l'auteur afro-américain S.A Cosby. Mais dans sa description des territoires perdus, et au-delà du portrait saisissant des exclus et des déclassés (Noirs et Blancs à égalité de malheur), il interroge aussi cette relation singulière au courage qui un jour peut changer le destin d'un homme.


Nulle part où revenir – Henry Wise – Traduit de l'américain par Julie Sibony – Sonatine – 400 pages – 23€ - ****
Lionel Germain


Lire aussi dans Sud-Ouest




mercredi 1 octobre 2025

"Un homme sans ennemi n’est pas un homme"


Loin de son Missouri natal qu’il a quitté sans donner de nouvelles, Jake Adelstein (Ansel Elgort) s’expatrie à 21 ans à Tokyo pour apprendre la langue et l’histoire du pays. Au terme de trois années à étudier dur, il réussit le concours d’entrée comme journaliste du plus grand quotidien japonais à 15 millions d’exemplaires, le "Yomiuri Shimbun". 

Dans ce Japon des années 90, commence pour Jake, premier et seul étranger de la rédaction, affecté au service Police-Justice, une plongée dans la vie d’un journal exigeant, dont il faut comprendre le fonctionnement et respecter la hiérarchie et les codes. Pas question sinon d'être accepté par les collègues et surtout par les supérieurs autoritaires, sexistes et racistes. 

Son ambition, lui le "gaijin" (nom péjoratif donné aux Blancs), juif de surcroît, le pousse, au-delà du traitement des faits divers quotidiens, à s’intéresser et à découvrir l’univers des yakuzas - la mafia japonaise. Il en devient l'interlocuteur, tout en collaborant avec la police. 

Michael Mann "officie" en virtuose pour le premier épisode. Au début, lors d’un rendez-vous, Jake y est menacé de mort (ainsi que ses proches, Américains ou Japonais) par Akira (Tomohisa Yamashita), chef d’un puissant clan yakuza. Le réalisateur nous entraîne alors de façon saisissante dans les vrais bas-fonds de Tokyo, avec une approche quasi-documentaire du Japon criminel des années 90. 

En duo avec l’inspecteur Hiroto Katagiri (Ken Watanabe), vieux policier faisant figure de mentor, Jake se convertit en reporter d’investigation criminelle pour couvrir le trafic d’êtres humains lié au monde des yakuzas. Au hasard de sa quête, il va croiser la route et le destin de Samantha Porter (Rachel Keller), escort et animatrice dans un bar à hôtesses, d’Akiro Sato (Shô Kasamatsu), indéchiffrable yakuza déçu par son mode de vie et en conflit interne avec l’organisation, et de Polina (Ella Rumpf), immigrée française au bout de ses illusions. 

Un peu romancée et adaptée en 2022 par Michael Mann et J.T. Rogers, "Tokyo Vice" est l’histoire vraie qui porte le nom du journaliste Jake Adelstein, auteur du livre-enquête "Tokyo Vice, un journaliste américain sur le terrain de la police japonaise".

Oscillant à l’occasion entre réel et imaginaire (certains personnages ont été inventés), la série relève de l’enquête journalistique méticuleusement sourcée, révélatrice d’un monde inquiétant de malfrats, de policiers intègres ou corrompus, de journalistes aux ordres qui s’auto-censurent, redoutant le poids des traditions et envahis par la peur permanente de remettre en question d’immuables usages séculaires. Au Japon, il y a une règle d’or: il n’existe pas de meurtres.

Tokyo Vice – 2 saison, 18 épisodes – Canal+ - **** 

Créée par J.T. Rogers et Michael Mann

Réalisée par Michael Mann, Josef Wladyka, Hikari, Adam Stein, Alan Poul

Avec Ansel Elgort, Ken Watanabe, Rachel Keller, Shô Kasamatsu, Ella Rumpf, Tomohisa Yamashita, Rinko Kikuchi, Shun Sugata, Takaki Uda, Kosuke Tanaka

Alain Barnoud





mardi 30 septembre 2025

Bradbury et la baleine verte

 
Ray Bradbury, qui vient de publier ses Chroniques martiennes et commence à avoir une certaine notoriété en tant qu’auteur de SF, débarque à Dublin en 1953 appelé par John Huston pour y travailler au scénario de "Moby Dick". Il découvre alors que l’Irlande est vraiment verte, d’un vert extraordinaire, de toutes les nuances, de toutes les teintes du vert. Un malencontreux coup de vent ramène les nuages et la pluie, à peine a-t-il touché terre. 

L’écrivain américain poursuivra ce fantôme vert six mois durant, se demandant souvent ce qu’on peut attendre de bon d’une île grande comme une chiure de mouche où il pousse plus de champignons que d’enfants, d’une terre écrasée par l’Église que Dieu s’est usé les yeux à trop vouloir observer de près et que ses habitants le pressent d’abandonner avant qu’elle ne sombre corps et âmes.

Pour échapper aux lubies cruelles ou loufoques de Huston, monstre du septième art et tyran domestique que ses voisins appellent ironiquement "Sa Majesté", il fréquentera de plus en plus assidument le pub d’Heeber Finn où l’attend une équipe de joyeux drilles. C’est là que le visiteront les fantômes de Melville et de la baleine blanche. 

C’est là qu’il découvrira l’Irlande de son cœur, cocasse et goguenarde, et quelques emblématiques figures : Hoolihan et Doone, érigeant en sport national le sprint vers le pub, pour échapper à l’hymne quand le mot "fin" s’inscrit sur l’écran du cinéma local, et qu’un jour l’image charmeuse de l’actrice Deanna Durbin a figé sur leurs sièges; Lord Kilgotten, enterré dans un cercueil fait de caisses de vin portant encore les étiquettes des crus les plus prestigieux, qui convie tout le comté à une monumentale beuverie le jour de ses obsèques; ou encore McGillabee dit le Môme, nabot de 46 ans que sa sœur exhibe comme un bébé pour demander l’aumône dans les rues de Dublin, et qu’il retrouve un jour dans un bistrot, sirotant son gin. Fantastique, surréelle Irlande…

Six mois durant, Bradbury traquera sa baleine, persécuté par Huston et par une châtelaine célébrée pour avoir inventé les lits musicaux, poursuivi par des spectres langoureux peut-être sortis de ses propres œuvres, cherchant désespérément le vert irréel entrevu un court instant le jour de son arrivée.

"La Baleine de Dublin", chronique tendre, épique et burlesque de cette aventure, se lit aussi comme un récit initiatique. C’est en Irlande que Bradbury apprend que son pays, qui vient de lui accorder un important prix littéraire, le reconnaît maintenant comme un authentique écrivain et plus seulement comme l’auteur d’histoires de Martiens destinées aux adolescents. C’est en Irlande encore qu’entre Melville et Huston il est rentré en pleine possession de son génie. C’est en Irlande surtout qu’il a rencontré l’humanité, puérile, touchante et sublime.



"La Baleine de Dublin" est le troisième volet d’une autobiographie-fiction qui commence avec "La solitude est un cercueil de verre" réédité cet automne par Denoël dans sa collection "Sueurs froides". Le livre est un hommage aux grands classiques du roman noir américain, une enquête au cœur de la vieille station balnéaire de Venice en Californie baignant dans une inquiétante étrangeté où il est difficile de démêler le fantasme de la réalité. 



Dans "Le Fantôme d’Hollywood", le deuxième volet, le maître de la SF avait poursuivi son autobiographie fiction en jouant avec d’autres codes, après le polar, l’horreur, l’humour et la satire, finement dosés. Embauché à Hollywood pour y écrire le scénario d’un film d’épouvante, le narrateur, dont le bureau jouxte un cimetière, y rencontrait le spectre d’un ancien patron des studios, puis toute une cohorte de monstres qui semblaient échappés des films de genre.

Retour à l’actualité avec l’adaptation en BD du célèbre Fahrenheit 451 porté à l’écran en 1966 par François Truffaut. Le jeune dessinateur espagnol Víctor Santos, qui travaille aussi pour Marvel et DC, livre une adaptation somptueuse de ce chef d’œuvre dystopique de Bradbury qui confirme combien cette histoire résonne puissamment avec notre présent: pourquoi les livres sont-ils si dangereux? Et pourquoi certaines personnes sont-elles prêtes à mourir pour eux?

La solitude est un cercueil de verre – Ray Bradbury – Traduit de l'Américain par Emmanuel Jouanne – Denoël, Sueurs froides – 368 pages – 22€ - ***

Le Fantôme d’Hollywood – Ray Bradbury – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alain Dorémieux – Denoël, Empreinte – 437 pages – 16,50 € - ***
La Baleine de Dublin – Traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Collon – Denoël, Empreinte – 402 pages – 16 € - ***

Fahrenheit 451 – Víctor Santos – D’après le roman de Ray Bradbury – ActuSF, Ithaque – 160 pages – 19,90 € - **** 
François Rahier



Auteurs

ADG Abbott Jeff Abbott Megan Abeille Jacques Abel Barbara Abraham Daniel Abtey Benoît Adam Olivier Adamson Gil Aden Thomas Adler-Olsen Jussi Adàm Anne Agacinski Sylviane Agrech David Agualusa José Eduardo Aguinaldo Silva Aichner Bernhard Ajvaz Michal Akhtar Ayad Akkouche Mouloud Alaux Jean-Pierre Alauzet Philippe Alden Rebecka Aldiss Brian Alexandre Laurent Alger Cristina Allyn Doug Alsterdal Tove Amand Patrick Ambrose David Ames Jonathan Amila Jean Amoz Claude Anderson James Anderson Kevin J. Anderson Poul Andrevon Jean-Pierre Andriat Frank Anger Kenneth Angevin David Ani Friedrich Annas Max Antoine Amélie Appers Alexandra Arbol Victor del Argemi Raùl Arion George Aristégui Marie-Claude Arlidge M.J. Arnaud G.J. Arnott Jake Arnould Jacques Arriaga Guillermo Arthur G.D. Asimov Isaac Aspe Pieter Astier Ingrid Atkins Ace Attia Maurice Aubarbier Jean-Luc Aubenque Alexis Aubert Brigitte Audic Morgan Audrain Ashley Audru Guillaume Augusto Edyr Aurousseau Nan Autet Katerina Authier Christian Axat Federico Ayerdhal Ayres Jedidiah Aziza Claude Bablon Jacques Bacigalupi Paolo Baer Brett Bailey Anna Bakkeid Heine Bal Olivier Ball Toby Balland Philippe Banks Iain M. Banks Russell Bannalec Jean-Luc Bannel Cédric Banville John Baoshu Barbato Paola Barbet Pierre Barclay Linwood Barde-Cabuçon Olivier Barjavel Barker Clive Baronian Jean-Baptiste Barr Nevada Barrière Michèle Barski Odile Bartelt Franz Bartoll Jean-Claude Barton Fiona Bassoff Jon Bathelot Lilian Baudin Cécile Baudou Jacques Bauer Belinda Bauwen Patrick Baxter Stephen Bayer William Beams Clare Beaufoy Simon Beaulieu Bradley P. Bec Raoul Behm Marc Beinhart Larry Bell David Bell Sarah Bellagamba Ugo Benamran Bruce Benedetti Caroline de Benotman Abdel Hafed Benson Robert Hugh Benson Stéphanie Berg Alex Bergal Gilles Bergams Stefan Bergeron Patrick Bergler Igor Bergounioux Pierre Berney Lou Berry Flynn Berry Steve Beuglet Nicolas Beukes Lauren Beutin Philippe Beverly Bill Beydoun Zaki Bialot Joseph Bilal Parker Bill Frank Bindner Christian Birkefeld Richard Bisson Terry Bizien Jean-Luc Bjork Samuel Black Benjamin Blackwood Algernon Blake James Carlos Blanc William Blanchard Christian Blanche Francis Blau Sarah Blish James Bloch Robert Block Lawrence Bofane In Koli Jean Bohler Sébastien Boireau Jacques Boissel Xavier Bollen Christopher Bonini Carlo Bonnot Xavier-Marie Bonte Benoît Boone Ezekiel Bordage Pierre Bordy Sarah Bosch Xavier Bosco Jacques-Olivier Bossi Luc Bouchard Nicolas Bouchery Sébastien Bouhier Odile Boujut Michel Boulay Bill Boulle Pierre Bouman Tom Bouquin Jérémy Bourcy Thierry Bourrel Anne Bouysse Franck Box C.J. Boyle William Brackett Leigh Bradbury Jamey Bradbury Ray Braithwaite Oyinkan Brasseur Pierre Bridenne Jean-Jacques Bronnec Thomas Brookmyre Chris Brooks-Dalton Lily Brown Eric Brown Fredric Brown Larry Browne S.G. Bruen Ken Bruet-Ferreol Jean-Denis Brun Thierry Brunet Marion Brussolo Serge Bryndza Robert Brémeault Lucie Buchanan Greg Buchholz Simone Buisson Jean-Christophe Bulteau Gwenaël Burke Alafair Burke James Lee Burke Shannon Burnet Graeme Macrae Burns Amy Jo Bussi Michel Bénita Paul Bérato Paul Cabanac Cécile Cacciatore Giacomo Cahn Debora Cahné Charlotte Caldwell Erskine Caldwell Ian Calestrémé Natacha Calligaro Maxime Calvo David Calvo Stuart Camaille Serge Camilleri Andrea Campagne Jean-Pierre Campbell Bonnie Jo Campbell John W. Camut Jérôme Canal Richard Candlish Louise Canfin Pascal Canigüz Alper Cantaloube Thomas Capron Marie Carayol Cécile Carayon Christian Card Orson Scott Cardère Éric Carey M.R. Cargnelutti Patrick Carlier Christophe Carlotto Massimo Carlsson Christoffer Carrisi Donato Carré Fabrice Carsac Francis Casey Jane Cash Wiley Caspary Vera Castanet Pierre Albert Castells Raymond Castro Joy Catani Vittorio Cavanaugh Tony Cayre Hannelore Cazaubon Bernard Celestin Ray Cerutti Fabien Cesare Adam Chabon Michael Chainas Antoine Chakkouche Soufiane Chalumeau Laurent Chamanadjian Guillaume Chamoiseau Patrick Champenois Sabrina Chan-wook Park Chandler H.S. Chandler Raymond Charine Marlène Charyn Jérôme Chattam Maxime Chaumard Isabelle Chaumeil Jean-Paul Chefdeville Chelebourg Christian Cherrière Éric Cherruau Pierre Chesterton G.K. Chevalier Chloé Chevron Michel Chiang Ted Chirovici E.O. Chmielarz Wojciech Chneiweiss Arnaud Chomarat Luc Christie Agatha Christin Pierre Christopher John Chérel Guillaume Civico Alexandre Cixin Liu Claret Alain Clark Marcia Clark Mary Higgins Claude Hervé Clavel Fabien Clerima Steven Cleveland Karen Cloche Émeric Coatmeur Jean-François Coben Harlan Cocco Giovanni Coffre Christophe Cohen Sandrine Cohen-Scali Sarah Cole Martina Coleman Reed Farrel Colin-Olivier Philippe Colize Paul Collectif Collette Sandrine Collins Michael Commère Hervé Compère Daniel Conan Doyle Arthur Conil Philippe Connelly Michael Connolly J.J. Connolly John Conrad Joseph Conrad Patrick Contrucci Jean Cook Diane Cook Robin Cook Thomas H. Copeland Johanna Coppers Toni Coquil Yvon Cordonnier Amélie Corey James S. A. Cornec Léon Correnti Dario Corry Jane Corrêa Alvim Corwin Miles Cosnay Marie Costantini Chris Costantini Roberto Couao-Zotti Florent Couderc Frédéric Coulon David Courban Alexandre Courbou Michèle Courtois Grégoire Cowper Richard Crabb Ned Crais Robert Cranor Eli Cravens Claudia Crews Harry Crichton Michael Crifo Thierry Crombie Deborah Crouzet Vincent Crumley James Crupaux Maxime Cummins Jeanine Curval Philippe D'Aoust Benjamin D'Ovidio Pierre D.J. Duclock DOA Dac Pierre Daeninckx Didier Daisne John Damasio Alain Danquigny Danü Dard Frédéric Darlton Clark Darnaudet Boris Darnaudet François Daviau Mo Davidsen Leif Davies Deborah Kay Davis Mildred Dawson Delilah S. Day Barry Day Elizabeth Day Thomas Dayau Dominique Dazieri Sandrone De Cataldo Giancarlo De la Pava Sergio Dean Will Decca Hervé Decoin Henri Dee Jonathan Defendi David Degli Antoni Piero Deighton Len Delafosse Jérôme Delahaie Patricia Delalande Arnaud Delany Samuel R. Delestré Stéfanie Delperdange Patrick Delteil Gérard Delwart Charly Delzongle Sonja Demaris Ovid Demeillers Timothée Demouzon Alain Demure Jean-Paul Deniger Alex Denjean Céline Depp Daniel Derey Jean-Claude Dermèze Yves Deschodt Pierre Descott Régis Desjours Ingrid Desmurger Christophe Desombre Daria Dessaint Pascal Destombes Sandrine Destremau Lionel Develde Arnaud Dhoquois Anne Di Rollo Thierry Dick Kay Dick Philip K. Dicker Joël Dierstein Benjamin Dietrich Pascale Dieudonné Adeline Dillard François-Xavier Dimberg Kelsey Rae Disch Thomas Dolan Eva Donck Matthieu Donoso José Doolittle Sean Dordor Charlotte Doronine Andreï Dos Santos J.R. Dounovetz Serguei Downey Timothy Dozois Gardner Drews Christine Druillet Philippe Dubois Jean-Paul Dubrieu Alain Duchon-Doris Jean-Christophe Dufour Catherine Dugoni Robert Dukaj Jacek Dumas Alexandre Dumeste Bertrand Dunyach Jean-Claude Dupaquier François Duplessier Nicolas Duret Alain Duvic Patrice Duvivier Claire Eastland Sam Ebersohn Wessel Echenoz Jean Edugyan Esi Edvardsson M.T. Edwardson Ake Effenhauser Ulrich Efstathiadis Minos Egan Greg Egloff Joël Ekberg Anna El Makki Laura Elgar Emily Elias Ricardo Elizarov Mikhaïl Ellis David Ellory R.J. Ellroy James Elo Elisabeth Elsberg Marc Embareck Michel Engberg Katrine Engel Amy Engh M.J. Ericsdotter Asa Eriksson Kjell Escalle Clotilde Eschbach Andreas Estleman Loren D. Evangelisti Valerio Ewa Julie Ewers Hanns Heinz Expert Jacques Fabre Cédric Fager Anders Faget Dominique Faivre-d'Arcier Jeanne Fajardie Frédéric Falk Rita Fallaras Cristina Farmer Philip José Farrell Henry Farris Peter Fast Howard Faulkner William Faust Christa Fava Claudio Favan Claire Faye Estelle Faye Lindsay Fecchio Thomas Feinmann José Pablo Feito Virginia Fel Jérémy Fernandez Marc Ferris Gordon Ferron Jacques Fesperman Dan Fields Helen Fillon Baptiste Filoche Gérard Finkel Dave Finn A.J. Finn Patrick Michael Finney Jack Fintoni Lionel Fitch Stona Fitzek Sebastian Fitzgerald Helen Flagg Francis Fleischhauer Wolfram Flint Emma Flores Fernando A. Fogel Benjamin Fondation Larry Fontana Giorgio Foote Shelby Ford Ford Madox Forma Dominique Fortel Ava Fortin André Fouassier Éric Fournié Isabelle Fox Susi Franck Dan Franck Ty Frank Scott François Simon Frazier Jean Kyoung Freeling Nicolas Freeman Castle French Nicci French Tana Freu Julien Fructus Nicolas Frégni René Frémion Yves Fuller William Fyot Julien Férey Caryl Férey Emma Féval Paul Gagnol Alain Gailey Samuel W. Gaillard Noé Gain Patrice Galhos Diniz Galien Alexandre Galina Maria Gamboa Santiago Gangemi Mimmo Gapdy J.C. Garcia Rosado Pedro Garcia-Roza Luiz Alfredo Gardinier Alain Gardner Lisa Garlini Alberto Garmany Léo Garnier Pascal Garrido Antonio Gates Tucker Gaudet Jonathan Gaudé Laurent Gault William Campbell Gauthereau Nathalie Gauthier Brigitte Gay Olivier Gay William Gazan Sissel-Jo Gechter Olivier Geffray Élodie Gely Cyril Gendron Sébastien Genefort Laurent Geni Abby Genève Max George Elizabeth Georget Philippe Gerhardsen Carin Gervais Ricky Giacobone Nicolas Giacometti Éric Gibson William Gilbers Harald Gilbert Marion Gildiner Catherine Gillio Maxime Giraudoux Giébel Karine Gloaguen Audrey Glot Claudine Glukhovsky Dmitry Glynn Alan Gobinet Pierre Godoc Philippe Goines Donald Goldberg Evan Goldberg Tod Goldsmith Martin M. Goldstein Lisa Gordon David Gordon Neil Gores Joe Gorodischer Angelica Gouiran Maurice Gour Batya Gourio Jean-Marie Gousseff Matthieu Gouézec Ronan Gowar Imogen Hermes Grahame Kenneth Gran Sara Grand Emmanuel Grangé Jean-Christophe Granotier Sylvie Grau T.E. Green Amy K. Green Norman Greenland Seth Gregory Daryl Grenier Christian Gresham William Lindsay Grey S.L. Grimes Martha Grisham John Gross Yoav Grote Paul Grousset Alain Gruber Andreas Grundmann Pierre Guay Patrick Guedea Rogelio Guez Jérémie Guieu Jimmy Guilbert Victor Guillaud-Bachet Johann Guillaume Laurent Guillaumot Christophe Guillen Rémy Guirao Patrice Guittaut Pierre Gundar-Goshen Ayelet Gustawsson Johana Guttentag Bill Guttridge Peter Guyot Gildas Guéna Pauline Guéraud Guillaume Guérif François Gélin Simone Hachmeister Göran Hackfort Hanno Haenel Yannick Haley Guy Hamilton Edmond Hamilton Ian Hamilton Peter F. Hammer Chris Hammesfahr Petra Hammett Dashiell Hamon Alain Hampson H.J. Hancock Anne Mette Hannah Sophie Hanot Pierre Haohui Zhou Haquet Charles Hara Ryo Harang Jean-Baptiste Harper Jane Harper Jordan Harrington Kent Harris Oliver Harris Robert Harrison A.S.A. Harrison Colin Hart Rob Harvey John Haskell Smith Mark Hauret Philippe Hausmann Romy Hawken Sam Hawkins Paula Hawkins Scott Hayder Mo Heinichen Veit Heinlein Robert Hemingway Ernest Henneberg Nathalie Henninger Bernard Henriksen Levi Henzell Perry Herbert Brian Herbert Frank Hermanson Marie Hernandez Vladimir Herrmann Elizabeth Herron Mick Hespel Patricia Higashino Keigo Highsmith Patricia Hill Joe Hillenbrand Tom Himes Chester Hinault Caroline Hinkson Jake Hlasko Marek Hofmann Sabine Hogan Chuck Hogate Lucie Holland Marty Holly Chloé Holmen Martin Holmqvist Karin Brunk Honda Tetsuya Hood Christopher M. Horgan Sharon Horst Jorn Lier Hoskins Richard Hossain Saad Z. Howard Robert Hrbek Greg Hubert Jocelyne Huebner Fredrick Hug Nathalie Hughes Yves Hugo Victor Humbert David Hummel Maria Hunter Lindsay Hurley Andrew Michael Hury David Hénaff Sophie Hériot Frank Iddan Roy Iles Greg Incardona Joseph Indridason Arnaldur Irwin Robert Izner Claude Jablonka Ivan Jaccaud Frédéric Jackson Shirley Jahn Ryan David James Bill James P.D. James Peter Jaouen Hervé Jardon Quentin Jeambar Denis Jeffers H. Paul Jennet Meagan Jennett Meagan Jensen Liz Jeury Michel Joffrin Laurent Johansson Lars Vasa John D.B. Johnsen Sara Johnson Craig Johnson Kij Johnstone Carole Johnstone Doug Jolibert Stéphane Joly Eva Jones Stan Jonquet Thierry Jordan Neil Josaphat Fabienne Joste Claude Jouanne Emmanuel Jourdain Hervé Joy David Joyce Graham Jubert Hervé Jun Cai Jésupret Agnès Kaa Kahn Manfred Kakuta Mitsuyo Kallentoft Mons Kaminsky Stuart Kanon Joseph Kara Lesley Kardos Michael Katz Gabriel Katz Krefeld Michael Katz William Kauffmann Alexandre Kaufman Amie Kazantzaki Nikos Kazinski A.J. Keller David H. Keller Stéphane Kelley David E. Kelly Thomas Kennard Luke Kennedy Randy Kennedy William Kepler Lars Kepnes Caroline Kermici Sylvain Kerr Philip Kessler Glenn Kessler Todd A. Khara David S. Khemlin Margarita Khoury Raymond Kidd Jess Kiernan Stephen King Stephen Kirk Shannon Kishi Yusuke Kitson Mick Klein Gérard Kleinmann Philippe Klimacek Viliam Kline Otis Adelbert Kling Marc-Uwe Klinger Leslie S. Kloetzer Laurent Knight Renee Knox Joseph Kokotukha Andriy Kominski Peter Konrad Bob Koontz Dean Kopf Richard Kormakur Baltasar Kovarni Liz Kress Nancy Krishnan Arun Kristoff Jay Krug Jean Kunzru Hari Kuo-Li Chang Kyrou Ariel Köping Mattias Künsken Derek Labarre Nicolas Laborie Camille Lacombe Hervé Lacy Ed Ladouari Laurent Lafon-Baillou Martine Lagercrantz David Laguerre Philippe Lahoucq Roland Laigle Jean-Pierre Lainé Sylvie Lakhous Amara Lalumière Jean-Claude Lamar Jake Landis Geoffrey A. Langer Adam Lansdale Joe R. Lanteri Mireille Lapeyre Bénédicte Lapid Shoulamit Larsson Asa Laurent Agnès Lavenant Eugénie Lawrence D.H. Le Guin Ursula Le Nabour Éric Le Roy Philip LeCarré John LeCorre Hervé LeFur Yann-Fanch Lebarbier Sophie Lebel Nicolas Leblanc Claude Leblanc Maurice Leboulanger Camille Lecas Gérard Lecaye Alexis Lecerf Mathieu Leclerc Nicolas Ledesma Francisco Gonzalez Ledesma Jordi Leduc Frank Ledun Marin Legay Piet Legendre Cyrille Legrand-Vall Serge Legras Jérôme Lehane Dennis Lehman Serge Lehman Susan Lehmann Christian Lehoucq Roland Leiber Fritz Lem Stanislas Lemaitre Pierre Lemaître Félix Lemega Charly Lenglet Alfred Lenormand Frédéric Lenot Alexandre Leon Donna Leonard Elmore Leroy Jérôme Lescarret Philippe Lespoux Yan Lettau Reinhard Levin Edmund Levin Ira Levison Iain Ligner Meddy Lilja Hans-Ake Lillegraven Ruth Lindgren Torgny Link Charlotte Lippman Laura Lipskerov Dmitri Littell Robert Liu Ken Lizion Dorothée Lloyd Parry Richard Locke Attica Loevenbruck Henri Lofficier Jean-Marc Lofficier Randy Longo Davide Lortchenkov Vladimir Lotz Sarah Loubière Sophie Loubry Jérôme Loughran Peter Lous Alexandre Loustal Lovecraft Lovitt Zane Lucas Michael Luce Christine Lucius Walter Lucovich Jean Pierre de Lunde Maja Lutteman Marcus Léourier Christian Lépine Élise Lépée Denis Lövestam Sara Maarit Lalli MacBride Stuart Mackay Malcolm Maclean Charles Macmillan Gilly Madani Karim Magella Amneris Maggiori German Magnason Andri Snaer Mahjoub Jamal Mai Fred de Mai Jia Maillard Vincent Maisons Dominique Mako Makropoulos Michalis Malajovich Gustavo Mallock Malo Mo Malowé Nour Malte Marcus Malzberg Barry Manarra Julie Manchette Jean-Patrick Maneval Éric Manfredi Astrid Mangan Christine Mangez Marie Mann Michael Mannara Franco Manook Ian Manotti Dominique Mantese Laurent Manzor René Mara Andrea Maravélias Éric Marcel Patrick Marchand Stéphane Marchisio Benoit Marcinkowski Alexandre Marignac Pascal Marignac Thierry Marinina Alexandra Markaris Petros Markogiannakis Christos Marpeau Elsa Mars Frédéric Marsh Ngaio Marsons Angela Martin Andreu Martin Dannie M. Martin George R. R. Martin Ibon Martin Roger Martine Arkady Martinez Augustin Martinigol Danielle Marty Patrick Marx Thierry Masali Luca Massat Gabrielle Mat Daniel Matas Richard Matheson Richard Matheson Richard Christian Mathieu Nicolas Matsuura Hisaki Matthews Jason Maurois André Mausoof S. Mavroudis Sophia May Peter McAllister Gillian McBain Ed McCall Smith Alexander McCallin Luke McCann Colum McCrary Mike McDermid Val McDonald Ian McDonald John Ross McFadden Freida McGrath M.J. McGuinness Patrick McGuire Ian McHugh Laura McIlvanney Liam McKinty Adrian Meddi Adlène Mediavilla Philippe Mehdi Cloé Mehta Richie Melnik Jaroslav Menger Ivar Leon Meno Joe Mention Michaël Merino Olga Mesplède Claude Messac Régis Messemackers Julien Mestre Melvina Mey Louise Meyer Deon Meyrink Gustav Mi-Ae Seo Michaud Andrée A. Michelin Jean Middleton T.J. Milian Clément Millar Martin Millar Sam Miller Jax Miller Sylvie Miloszewski Zygmunt Minato Kanae Minchin Tim Minier Bernard Minville Benoît Mishani Dror Mizio Francis Miéville China Moatti Michel Mody Molfino Miguel Angel Molloy Aimee Monfils Nadine Monnehay Max Monroe J.S. Monsour Jean Montalban Montelius Magnus Moor Jessica Moorcock Michael Moore Viviane Morata Anne-Laure Morgan Janet Morgenroth Kate Morgiève Richard Morgon David Morrieson Ronald Hugh Morris Mary Morris Ronald L. Morris William Mosconi Patrick Mosley Walter Motta Philippe Moya Luis Muir William Mukherjee Abir Mulder Caroline de Mullen Thomas Muratet François Musso Valentin Médéline François Müller Xavier Naam Ramez Naceri Bibi Nahapétian Naïri Najar Audrey Naughton Sarah J. Nayler Ray Nersesian Arthur Nesbo Jo Neubauer Nicole Neuser Marie Neuvel Sylvain Neville Stuart Newitz Annalee Newman T.J. Nghiem Cyril Nguyen Viet Than Nicol Mike Nicolas Christophe Nicot Stéphanie Niel Colin Nikitas Derek Nirvanas Paul Nisbet Jim Nogaro Jean-Louis Nolan Dominic Nolane Richard D. Nore Aslak Norek Olivier Noriega Alfredo Nougué Martine Nouis Lucien Nozière Jean-Paul Nugent Liz Nunn Kem Nutting Alissa O'Callaghan Billy O'Connell Jack O'Malley Thomas O'Neil Louise O'Sullivan Colin Oakes Andy Oates Joyce Carol Offut Chris Ohl Jean-Pierre Okorafor Nnedi Olafsson Jon Ottar Oliva Éric Olsberg Karl Olson Michael Onyebuchi Tochi Oppel Jean-Hugues Osborne J. David Oster Christian Otsiemi Janis Oya Berkun Padura Leonardo Pagan Hugues Pagel Michel Paillard Jean-François Pair Stéphane Pajot Stéphane Palahniuk Chuck Palewska Marie Palliser Charles Palou Pedro Angel Paolini Hervé Paris B.A. Parker Robert B. Parks Alan Parot Jean-François Parry Patricia Parulskis Sigitas Parys Magdalena Patsouris David Patterson James Paulin Frédéric Pavicic Jurica Pavloff Franck Pavone Chris Peace David Peake Mervyn Peeters Benoît Pelissier Patrice Pelletier Chantal Pelot Pierre Pendown Léa Peneaud François Pennac Daniel Penny Louise Perkins Rachel Perrignon Judith Perry Anne Perry Karen Persson Giolito Malin Persson Leif GW Petit Bernard Petitmangin Laurent Petoud Wildy Petrella Angelo Petry Ann Pflüger Andreas Philippon Benoît Phillips Gin Phillips Rog Piacentini Elena Picard Mathieu Pickering Robbie Piersanti Gilda Pincio Tommaso Pines Paul Pinpin Jean-Christophe Piquet Emmanuelle Pirandello Pirozzi Gianni Pistone Pascal Plait Philip Plamondon Éric Plantagenet Anne Platini Vincent Platt Sean Plichota Anne Ploussard Frédéric Pochoda Ivy Poe Edgar Poldelmengo Luca Polin Isabelle Portail Agathe Portero Alana S. Portes Jean-Christophe Pouchairet Pierre Pouy Jean-Bernard Poznanski Ursula Pratchett Terry Price Richard Priest Christopher Prolongeau Hubert Pronzini Bill Prudon Hervé Przybylski Stéphane Prévost Guillaume Pulixi Piergiorgio Punke Michael Purdy Graham Douglas Pyun Hye-young Pécherot Patrick Pötzsch Oliver Quadruppani Serge Queen Ellery Querbalec Émilie Quercia Boris Queyssi Laurent Quinn Cate Quint Michel Quirk Matthew Rabier Catherine Rademacher Cay Raffy Serge Ragougneau Alexis Rahier François Raizer Sébastien Rambach Anne Randall Marta Rankin Ian Raphaël Claire Rash Ron Ravelo Alexis Ravenne Jacques Ray Jean Raynal Patrick Reardon Bryan Reboussin Didier Rechenmann Guy Redondo Dolores Reig Rafael Renand Antoine Renaude Noëlle Renberg Tore Rendell Ruth Renner James Revivier Anaïs Reydi-Gramond Christophe Reynolds Alastair Reza Yasmina Ribas Rosa Rice Anne Riel Ane Roany Céline de Robecchi Alessandro Robert Gwenaële Robert-Nicoud Elie Robertson Al Robertson Kathleen Robillard Chantal Robin Yvan Robinne Éric Robinson Frank M. Robinson Jeanne Robinson Kim Stanley Robinson Todd Roch Elsa Rodriguez Raphaël Rogen Seth Rogers J.T. Rogneby Jenny Rohrbasser Jean-Marc Rolland Tobby Rollins James Rolon Gabriel Roncaglio Santiago Rose Fabrice Rose Jeneva Rosen Leonard Rosende Mercedes Roslund et Hellström Roslund et Thunberg Ross Jacob Rotella Sebastian Roux Christian Rouz Martin Rowe Michèle Roy Lori Royer Christophe Ruaud André-François Rubenfeld Jed Ruellan André Rufin Jean-Christophe Rumeau Jean-Pierre Runcie James Rutès Sébastien Ryan Erin Kate Ryck Francis Rydahl Thomas Saadawi Ahmed Sabot Antonin Sadler Mark Sadoul Barbara Saez Carral Miguel Sagnard Arnaud Saint Victor Jacques de Saint-Joanis Thierry Sainz de la Maza Aro Sakey Markus Salabert Juana Salamé Barouk Salem Carlos Salinas George Sallis James San-Antonio Sanchez Thomas Sanders Louis Sanderson Brandon Sandlin Lisa Sands Thomas Sansom C.J. Santaki Rachid Santos Victor Sapkowski Andrzej Sard Hervé Sarid Yishaï Sarthor Jacques Saule Tristan Sauvagnac Nathalie Saviano Roberto Scalese Laurent Scerbanenco Giorgio Scheer K.H. Schenkel Andrea Maria Schlesser Gilles Schreiber Joe Schuiten François Schwartzbrod Alexandra Schwartzmann Jacky Schätzing Frank Sciascia Leonardo Scott James Scott Stephanie Sebban Olivier Sebhan Gilles Seethaler Robert Seghers Pierre Sehic Faruk Seigneur Olivier Selek Pinar Sen Ivan Sender Elena Senft Elena Sers Caroline Serviss Garett P. Seskis Tina Setbon Philippe Shahid Hamid Omar Shangdi Taiping Shaw William Sheldon Alice Bradley Sheridan Le Fanu Sheridan Taylor Shinozaki Erico Shoham Liad Shutterberg Anouk Sigurdardottir Lilja Sigurdardottir Yrsa Silverberg Robert Simenon Simon Chris Simonay Bernard Simonin Albert Simsolo Noël Sinisalo Johanna Sisinni Noël Sivan Isabelle Slaughter Karin Sliders Tim Slocombe Romain Smith Dan Smith JP Smith Michael Farris Smith Roger Smith Sarah Elaine Solano Thibaut Sollima Stefano Solomon Rivers Soltész Arpad Somoza José Carlos Soula Denis Soulas Floriane Soulié François-Henry Sounac Frédéric Souvira Jean-Marc Spider Spillane Mickey Spinrad Norman Spitz Jacques Spjut Stefan St Vincent Sarah St Épondyle Antoine St. Germain Justin St. John Mandel Emily Staal Eva Maria Stahl Jerry Stapledon Olaf Starr Jason Steeman Stanislas André Steiner Kurt Steinhauer Olen Sten Viveca Stevens Chevy Stever J.-Sébastien Steward Ketty Steyer Jean-Sébastien Stich Jean-François Stock Suzanne Stokoe Matthew Stolze Pierre Straub Peter Strömberg Sara Stuart Douglas Styron William Suaudeau Julien Sudbanthad Pitchaya Suhner Laurence Sullivan Randall Sund Eric Axl Svernström Bo Swanson Peter Swierczynski Duane Swindells Robert Sylvain Dominique Szamalek Jakub Szymanski Miguel Szymiczkowa Maryla Sànchez Piñol Albert Séverac Benoît Tabachnik Maud Tackian Niko Tafforeau Jean-Luc Taillandier Denis Takano Kazuaki Tallent Gabriel Tanugi Gilbert Tassel Fabrice Taveau Olivier Taylor Alex Taylor Chris Taïeb Éliane Tchaikovsky Adrian Tchakaloff Gaël Tejpal Tarun J Temple Peter Teodorescu Bogdan Texier Nicolas Thiebault Clémentine Thill Christophe Thilliez Franck Thiéry Danielle Thomas David Thomas Donald Thomas Gilles Thomas Louis C. Thomazeau François Thompson Carlene Thompson Estelle Thompson Jim Thorarinsson Arni Tiab Ahmed Tidbeck Karin Tidhar Lavie Tiptree James Tixen Élisa Tixier Jean-Christophe Tommasi Anna Topin Tito Totth Benedek Toussaint Philippe Touverey Baptiste Tremayne S.K. Trias Fernanda Trouadec Yves Truc Olivier Trudmann Gustav Trévidic Marc Tubb E. C. Tucker Neely Tuominen Arttu Turner Allison K. Turow Scott Tuttle Lisa Tézenas Hubert Uebel Tina Un-su Kim Unsworth Cathy Vagner Yana Vallet Dominik Valéry Francis Van Moere Marie Vance Jack Vandroux Jacques Vann David Varela José Varenne Antonin Varesi Valerio Vargas Fred Varley John Vas-Deyres Natacha Vaughan Sarah Vautrin Jean Veaute C.M. Veilletet Pierre Veloce Viola Verdan Nicolas Verdet Gilles Verkine Édouard Verlanger Julia Verne Jules Vernon Luc Vian Boris Villard Marc Villareal Mariano Vincent Gilles Vindy Marie Vinson Sigolène Viola Alessio Vitkine Benoît Vix Élisa Védrenne Julien Véron Jacques Wagner Jan Costin Wahlöö Per Wainwright John Waite Urban Waites Martyn Walker Martin Walker Nico Walker Sarai Wallace Christian Wallner Michael Walter Jess Walton Dawnie Walton Jo Wambaugh Joseph Ward Philippe Ware Ruth Watkins Paul Watson S.J. Watts Peter Weber Jean Weisbecker A.C. Welinski Marc Wells H. G. Welsh Louise Westlake Donald Wetmore Elizabeth Whale Laurent Wheeler Jr Frank White Christian Whitehead Colson Whitehouse Lucie Whitmer Benjamin Wieners Annette Wiles Will Wilhelm Kate Wilhelm Marie Willeford Charles Williams Charles Williams Philip Lee Williamson Eric Miles Willmann Thomas Willocks Tim Wilms Anila Wilson Jacqueline Wilson Robert Charles Winkler Mark Winnette Colin Winslow Don Winters Ben H. Winton Tim Wise Henry Wolf Cendrine Wolf Inger Wolf Tobias Wolfe Bernard Womersley Chris Wright David Wright Lawrence Xerxenesky Antonio Xiaolong Qiu Xiradakis Jean-Pierre Yates Christopher J. Yeowart Lyn Yi-Feng Kao Yoder Rachel Yokoyama Hidéo Yorke Margaret Young David Young Heather Yu Charles Zaillian Steven Zamiatine Evgueni Zanon Carlos Zarca Johann Zeimet Nicolas Zelazny Roger Zellweger Mark Zelman Daniel Zepeda Patterson Jorge Zimler Richard Zink Rui Zinos-Amaro Alvaro Zola Zárate José Luis d'Aillon Jean d'Eaubonne Françoise de Palma Brian luvan