La forêt des Vosges offre un décor idéal à cette traque menée par un flic et un criminologue pour découvrir l'homme ou l'organisation responsable de la mort de jeunes gens. Marquées au fer d'un triangle noir, les victimes portent la signature des criminels sans qu'on en comprenne les raisons. Niko Tackian attribue l'origine de cette histoire très sombre au climat anxiogène du moment. Satanisme ou secte crapuleuse, qui s'amuse à nourrir la bête? Réponse dans l'air irrespirable du temps.
Triangle noir - Niko Tackian – Livre de poche – 312 pages – 8,90€ - *** Lionel Germain
Le décor stimule l'imagination. Par son nom d'abord: les Marquises. On songe au poète aventurier qui nous rappelle "qu'ici, gémir n'est pas de mise", ou au peintre par qui le scandale arrive. Pour se défaire des clichés liés à Brel ou à Gauguin, lisez la dernière Série noire de Marin Ledun.
Toute sa bibliographie dévoile d'ailleurs un véritable empêcheur de tourner en rond sur la plage. Dans "Au fer rouge", il amochait le dépliant touristique en déterrant les boues contaminées radioactives près de Bayonne. Plus récemment, c'est dans la sensualité trompeuse des bouffées vendues par l'industrie du tabac qu'il traquait les falsificateurs du lobby prêts à vendre "Leur âme au diable" (Série noire) ou encore les proxénètes d'une multinationale de la bière dans les faubourgs de Lagos avec "Free Queens" (Série noire).
Quant aux Marquises, Marin Ledun nous rappelle que la noblesse du colonisateur qui a baptisé l'archipel ne doit pas faire oublier que son vrai nom, Henua Ènana, signifie la Terre des Hommes.
La mort d'une jeune femme Paiotoka O'Connor va contraindre le lieutenant de gendarmerie Tepano Morel à renouer avec les racines de sa mère marquisienne et mettre en évidence ses contradictions face à sa collègue Poerava Wong, native de l'île et plutôt amère sur le sort qu'on réserve aux autochtones. "La brigade que je dirige devrait être composée à 100% de Marquisiens, mais je suis la seule."
La jeune femme assassinée avait un enfant. Elle était courtisée par de nombreux hommes et jouissait d'une réputation de femme libre. Le genre de qualité qui se transforme souvent en rumeur malveillante. Marin Ledun excelle à faire évoluer son personnage de flic vers un questionnement intime, à interroger l'identité du métissage et les raisons qui ont poussé sa propre mère à quitter l'Archipel. Gémir n'est pas de mise, mais les embruns toxiques de Mururoa pourraient bien plomber encore l'air des Marquises.
Dans les Pyrénées aragonaises, le petit village isolé de Monteperdido demeure plongé dans le deuil depuis l’enlèvement, sur le chemin de l’école, lors d’un hiver enneigé, de deux fillettes de 11 ans, Ana et Lucia. Mais cinq ans plus tard, la réapparition d’Ana, surgie de nulle part et incapable d’expliquer ce qui s’est passé, rouvre l’enquête.
Deux policiers, le lieutenant Santiago Bain (Francis Lorenzo) et la sergente Sara Campos (la très belle Megan Montaner) sont envoyés à Monteperdido depuis Madrid et vont devoir collaborer avec Victor Gamero (Alain Hernandez), caporal de la Guardia Civil locale, pour tenter de retrouver Lucia et son ravisseur.
Contraints de faire face à l’hostilité des villageois, de se battre contre l’omerta qui règne dans cette ruralité enclavée, Sara Campos, enquêtrice surdouée quelque peu borderline, et Santiago Bain, son mentor, vont s’acharner à pénétrer les mystères et secrets bien gardés de cette communauté recluse. Passions et suspicions se réveillent lorsque la chasse(caza)commence.
Portée avant tout par le personnage de Sara Campos, insomniaque au passé douloureux et aux intuitions géniales, la série doit aussi beaucoup à la séduction de son cadre, la vallée de Benasque, écrin naturel à la beauté magique.
Non sans rappeler, sur le thème de la disparition d’enfant, des séries telles que "The Killing", "The Missing" ou "Broadchurch", "La Caza Monteperdido" n’en reste pas moins originale et captivante. Elle sera suivie de deux autres saisons au cours desquelles on retrouvera le tandem Sara-Santiago, "La Caza Tramuntana" (à Majorque) et "La Caza Guadiana"(sud de l’Espagne).
Cette trilogie marque, avec quelques autres séries ("La casa del papel", "Patria", "Antidisturbios",…) l’évolution nette, depuis quelques années, de la fiction télévisée espagnole, bien éloignée désormais des éternelles télénovelas. A découvrir sans attendre!