Dans le roman noir, les méchants ne sont ni ceux qui dansent entre les balles perdues, ni les voyous qui portent le chapeau des faits divers. Et dans ce dernier polar de Dominique Delahaye, les méchants ne ressemblent pas à Mehdi, vieux chauffeur de taxi qui trace vers Nice pour fuir Paris, ou à Audrey, obligée par un mari violent de prendre aussi ses cliques et ses claques. Les vrais méchants ont les mains propres, planqués à lisière du monde visible, donneurs d'ordres d'un système où les pauvres ont un bel avenir de pauvre.
Mehdi est entraîné dans un braquage par son ami Hervé. Dominique Delahaye restitue un climat de mélancolie fait de dérapages contrôlés aux effluves de goudron. Avec ces deux marginaux qui trimballent une cargaison de malheur, on est dans l'archétype du genre: les dés sont truqués. Assignation doublée d'une référence à l'origine, parce que quand on s'appelle Mehdi, on a aussi des comptes à rendre à ceux qui aimeraient vous chasser du Royaume.
Quitter la route - Dominique Delahaye – La Manufacture de livres, La Manuf – 228 pages – 14,90€ - ***
Lionel Germain
