Ce qu'on croit savoir des "cités" se réduit souvent au vacarme des faits divers et le roman d'Angelina Delcroix coupe de façon salutaire le son des chaînes d'infos. Elle redonne une voix à ces adolescents pressés de découvrir le monde, de vivre une vie d'adulte quand la précarité structurelle de leur environnement leur interdit l'échappée belle.
Celui qui travaille à rompre les assignations est un éducateur de rue. Il s'appelle Anders, acteur incontournable d'un service public malmené, destiné à venir en aide aux jeunes.
Pour Oscan, adolescent scotché aux jeux vidéo très violents, l'apprentissage va se concrétiser à travers les réseaux qui lui renvoient la vérité glaçante du crime organisé. La demande accompagnée de menaces consiste à effectuer des règlements de compte pour le contrôle des points de deal. C'est le billet d'entrée dans un cycle d'où il est pratiquement impossible de sortir.
Alors que la mère essaie vainement de compenser les manques d'une éducation sans père, Ariane, une psychologue de la police, contacte Anders. Il ne s'agit pas seulement de sauver le maximum de jeunes, mais aussi d'empêcher les dommages collatéraux: les exécutions aveugles et la soumission à une violence déshumanisée.
Angelina Delcroix évite le piège du documentaire ou du simple constat social grâce à ces personnages très forts, à la justesse des dialogues et au sentiment d'immersion que l'ensemble procure au lecteur.
La fabrique du mal - Angélina Delcroix - Michel Lafon - 454 pages - 21,95€ - ****
Lionel Germain
