Ça
fait belle lurette que Wambaugh n'arpente plus le bitume mais il a été flic. Il
a même écrit ses premiers romans policiers alors qu'il était encore en service
et nul autre que lui ne réussit mieux ce mélange de réalisme et d'invention. Un réalisme déjanté qu'on retrouve dès l'ouverture, cinq pages de dialogues entre deux seconds couteaux de la brigade de Hollywood. Le ton est donné: pas de super héros mais une bande de pieds-nickelés assermentés.

La guerre qu'ils mènent les oppose à une foule de délinquants
dérisoires, camés en mal de crack, artisans du crime à la recherche de
l'éternel jackpot. Il ne reste du théâtre chinois Grauman qu'un temple de dupes
sur le parvis duquel une armée de faussaires cherche à détrousser les
touristes: fausses Marilyn, faux superman destinés à ramasser les miettes du
grand barnum industriel. Ce petit faubourg de Los Angeles crache les marginaux
sur le pavé comme une machine infernale mais la vision éclatée du monde que
propose Wambaugh nous épargne les envolées condescendantes. La patte du romancier,
c'est justement cette capacité à saisir l'humanité parquée du mauvais côté de
la frontière, là où campent avec une douloureuse incertitude les soutiers du
rêve américain: semper flicus.

En
guise de bouquet final, Joseph Wambaugh interrompt la farandole des
faits-divers et dynamite la petite entreprise de ce couple de malfrats. Mais le
sujet du livre, c'est bien-sûr cette portion de colline, vaisseau amiral d'une
civilisation qui n'a plus que les oripeaux de sa grandeur et dont le Capitaine
Crochet a pris la barre.
Flic à Hollywood - Joseph Wambaugh - Seuil Policiers - 376 pages - 21,50€ –
L'envers du décor du décor –
Joseph Wambaugh – Seuil – 466 pages – 22,50€ - *** –
Lionel Germain – Sud-Ouest-dimanche – Juillet 2008 - décembre 2010