Dans la baie de Kjöge, au sud de Copenhague, Kim Wall, brillante journaliste suédoise free lance ayant travaillé pour le "Guardian" ou le "New York Times", embarque ce 10 août 2017 pour une interview à bord de l’UC3 Nautilus. Elle ne donnera plus jamais signe de vie. Rendez-vous lui avait été donné par Peter Madsen, "savant fou", inventeur et constructeur de ce sous-marin expérimental privé, le plus grand du monde.
Portée disparue dans la nuit par son compagnon, elle est aussitôt recherchée par les autorités danoises, sous la direction du chef de la police criminelle Jens Moller (Soren Malling, "The Killing", "Borgen"). Madsen a pu être sauvé à temps, avant que le Nautilus ne sombre corps et bien, mais Kim Wall demeure introuvable. L’inventeur affirme l’avoir redéposée à quai la veille, près de son entrepôt, avant de reprendre sa route. Une version contredite par les images de vidéo-surveillance, et à laquelle Jens Moller ne croit pas.
L’affaire devient une enquête criminelle – et c’est une histoire vraie – qui, sous le nom de "L’affaire du sous-marin", va fasciner le Danemark et la Suède. Lorsque le submersible est renfloué, d’importantes traces de sang sont découvertes – celui de Kim Wall – mais pas le corps de la journaliste. Il s’avère que Madsen a volontairement sabordé le Nautilus.
A chaque stade de l’enquête, le marinier adapte et change sa version des faits: la jeune femme serait morte accidentellement après avoir reçu une écoutille sur la tête. Et, paniqué, il aurait jeté le corps par-dessus bord. Témoignage qui sera à nouveau contredit par la découverte, quelques jours plus tard, d’un tronc de femme décapitée et démembrée.
Le réalisateur Tobias Lindholm (coscénariste de "Borgen") prend le parti de s’attacher uniquement au travail immense, de longue haleine et minutieux, de tous les services, avec leurs femmes et hommes de l’ombre, s’acharnant à établir les faits, afin que le Ministère Public puisse aller au procès.
Persuadés de la culpabilité de Madsen, les policiers ne peuvent la démontrer de manière définitive, essentiellement parce que l’autopsie ne révèle pas la cause de la mort. "Sans cause du décès, insiste le procureur Jakob Buch-Jepsen (Pilou Asbaek, "Borgen", "Game of Thrones"), le prévenu ne sera pas condamné".
Tobias Lindholm transforme avec génie une affaire sensationnaliste en un drame lent, profond, cauchemardesque. Captant de façon magnifique le courage des uns et des autres, leur professionnalisme et leur humilité, la dignité et la douceur des parents de Kim (Pernilla August et Rolf Lassgard), la relation forte qui se crée entre Jens, à l’empathie discrète et sincère, et la famille de la victime.
Et, originalité suprême pour une série, à aucun moment la victime ni son bourreau n’apparaissent à l’écran. Le nom de Madsen n’est même jamais prononcé. Tobias Lindholm explique: "J’ai voulu proposer le récit le plus précis et le plus humain possible. Pour rendre la dignité à ceux qui le méritent et ne pas mettre encore plus de lumière sur le meurtrier".
Une série exemplaire (presque documentaire), qui évite le spectaculaire, prégnante, à la sensibilité à fleur de peau. Une réussite!
L’affaire Kim Wall – 1 saison, 6 épisodes (45 mn) – Arte.tv - *****
Créée et réalisée par Tobias Lindholm
Avec Soren Malling, Pilou Asbaek, Pernilla August, Rolf Lassgard
Alain Barnoud