Dans ce roman publié en France en 1985, apparait pour la première fois le personnage de Matthew Scudder. Il a quitté la police après avoir provoqué la mort d'une fillette. Officiellement, il n'est plus rien, officieusement, il est Privé. Un Privé sans licence.

Une prostituée l'embauche pour qu'il essaie de la libérer de son souteneur, un Noir nommé Chance, amateur éclairé d'art africain, très peu conforme à l'idée qu'on se fait du mac new-yorkais. Quand la fille sera assassinée, on tiendra le coupable idéal. Scudder devra lutter contre cette évidence alors qu'un autre combat l'épuise. Un combat contre lui-même. Il trouve quelques alliés aussi pitoyables que lui dans les réunions des Alcooliques Anonymes. Pourtant, quand vient son tour de parler, il ne peut que répéter inlassablement:
"Je m'appelle Matt. Je vous remercie de votre témoignage. Il m'a vivement intéressé. Ce soir, je préfère écouter."
Ce leitmotiv revient dans les creux de l'enquête qui apparaissent en négatif comme les moments de crise de Scudder, étiquetant son impuissance à effacer les effets d'une balle perdue. Et pendant ce temps-là, les filles de Chance n'ont guère de veine. Elles meurent les unes après les autres.
Le roman donnera un film réalisé par Hal Ashby sur un scénario d'Oliver Stone, avec Jeff Bridges et Rosanna Arquette dans les rôles principaux mais il faut lire le bouquin pour se convaincre de la pertinence du cliché sur New-York, "jungle urbaine".
Huit Millions de façons de mourir – Série noire Gallimard – 1985 - ***
Lionel Germain