Les
Français ont très peu creusé la veine humoristique du braqueur malchanceux à
l'image de Dortmunder le héros de Westlake. Avec Costes et Bernstein, deux
pieds-nickelés officiellement enquêteurs privés mais prêts à toutes les
combines pour booster leur compte en banque, Philippe Colin-Olivier a trouvé le
casting d'une série qui cherche à ménager burlesque et roman noir. Chargés dans
ce nouvel épisode de voler des toiles de maître aussi fausses que hors de prix,
les deux compères vont bien-sûr affronter des roublards autrement coriaces. On
frissonne peu mais on rit beaucoup.
Tableaux d'honneur –
Philippe Colin-Olivier – Le Passage – 212 pages – 17 euros - ** –
Sam
Glockenspiel a beau faire du gras dans son bureau désert de détective privé
californien, garderl'espoir de
retrouver Molly et écouter "Calamity jazz" de Vernon Sullivan à la
radio, il feint encore de croire au voyage qui vous mène du Royaume de la Nuit
à la délivrance des Lumières.
Dans
un roman noir, la lumière est verte comme un océan de dollars, 100 000
exactement, le prix payé par une Milady spectrale pour dénicher une clé dans la
doublure d'un veston porté par un cadavre six pieds sous terre. Oui, c'est
compliqué pour Sam. Son toubib se suicide pour l'inciter à vivre encore. Vernon
mise un dollar sur le retour de Molly.
"Je suis un roman noir, comme
dirait l'autre" et l'univers de Sam est peuplé de héros dont les
copyrights courent encore, Mongo le nain, Milo, Dortmunder. Des pointures du
polar dont les patrons ont éteint la lumière justement.
Incardona
joue avec les canons du genre. Il restitue une partition volontairement
bancale, comme un standard désaccordé. Et c'est là bien-sûr qu'on découvre la
ruse initiale, celle d'une promesse de bonheur délirante. En partant du royaume
de la nuit, on échoue fatalement sur une terre brumeuse. "Les vrais durs
n'y dansent pas, mais creusent", sans illusion sur le sens de l'effort. La
clé de cette affaire ouvre la chambre froide où ne git que la dépouille d'une
littérature essorée.
Luc
Mandoline est un thanatopracteur itinérant dont chaque aventure est confiée à
un auteur différent. Hervé Sard a choisi de nous promener dans un château de la
région nantaise ou l'on tue à l'ancienne. La victime a été écartelée comme
Ravaillac. Des Chevaliers traînent leurs guêtres en fomentant une improbable
restauration. C'est l'héritier de la couronne qu'on a livré aux percherons et
l'Embaumeur joue les ravaudeurs de dynastie. Bienfaisante légèreté.