À quoi se résume Jérôme, le personnage du dernier roman de Clotilde Escalle? "Le voilà dans sa ressourcerie. Il dit que c'est la sienne depuis qu'il a organisé le déménagement de sa mère morte et livré tout ici." Il y-a chez Proust, dans le dernier volume du "Temps retrouvé", une dizaine de pages d'une cruauté absolue sur ce moment où l'on découvre l'autre en soi, le vieux indésirable, ce moment du corps qui a effacé l'existence d'une première façon d'être au monde.
Jérôme aussi meurt de la mort des autres et d'une vaine tentation de vivre. Il erre parmi les fous qui sont comme les derniers vivants. Il recherche la présence odorante et charnelle de la mère. Là, tout au bord de sa vie, il ne tient qu'au fil des mots inscrits sur un carnet à spirales.
C'est toute la puissance du langage que Clotilde Escalle convoque pour son petit théâtre où semble se dissoudre l'absurdité du monde.
Jérôme, tout au bord – Clotilde Escalle – Éditions Fables fertiles – 208 pages – 18,50€ - ****
Lionel Germain
Lionel Germain
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