Afro-américaine et autrice de polar, Paula L. Woods a obtenu en 2000 le prix Macavity du meilleur premier roman policier pour "Inner City Blues". C'est le point de départ d'une série avec le personnage de Charlotte Justice, policière au LAPD, le service de police de Los Angeles. Et quand Charlotte prend son service, au début du roman, on est dans les jours qui suivent l'acquittement des flics blancs après le passage à tabac de Rodney King en 1992.
Charlotte est une afro-américaine au teint clair mais dans la voiture de service les collègues blancs ne se privent pas en sa présence de commentaires racistes. Paula L. Woods réanime avec une précisions clinique le chaos dans lequel est plongée la ville. Au cœur de cette violence spectaculaire, il y a la furie des urgences, le hurlement des sirènes de police, les scènes de pillages. Six jours de folie dont le bilan se solde par une soixantaine de victimes.
Et ce tableau apocalyptique rappelle à l'héroïne un drame personnel survenu quatorze ans plus tôt. En 1978, un homme a dévasté sa vie en assassinant son mari et sa fille de six mois. Quand l'homme en question est lui-même abattu au cours des émeutes de 92 à proximité du lieu où se trouvait Charlotte, tout la désigne comme suspecte. Un peu moins suspecte pourtant que le médecin noir qu'elle a sauvé du lynchage policier et qui présente des incohérences dans son témoignage sur les raisons de sa présence dans les parages de la scène de crime.
En référence à la chanson de Marvin Gaye, "Inner City Blues" est un roman sur le désespoir qui mine une partie de la société américaine. Mais au-delà du débat sur la fracture entre les deux mondes, héritée de l'esclavage, Paula L. Woods en nourrit un autre interne à la communauté noire. Certains noirs à la peau claire, comme Charlotte d'ailleurs, sont tentés de nier leurs origines. Les militants afro-américains les appellent "Oreo", noir à l'extérieur, blanc à l'intérieur.
C'est aussi ce poison du racisme universel dont le roman s'empare avec une force et une justesse impressionnante. Enfin, au moment où l'Amérique contemporaine semble renouer avec le bruit et la fureur qui caractérisent les pires moments de son histoire, l'évocation de Paula L. Woods rappelle que jamais cette histoire n'a su effacer la faute originelle.
Inner City Blues - Paula L. Woods – Traduit de l'américain par Isabelle Maillet – Rivages noir – 384 pages – 22€ - ****
Lionel Germain
Lionel Germain
