Dans les locaux de CompWare, entreprise "cool" de la tech californienne qui développe des jeux video pour téléphones mobiles et emploie des millenials dociles et bienveillants, un groupe de gamins en visite matinale de découverte se rue dans le bureau de Ahn Sang Woo (Brian Yoon), jeune prodige américano-coréen de 20 ans, fondateur de la société, et qui se fait flinguer de cinq balles par l’un des écoliers, un mioche de onze ans!
Presque immédiatement apparaît, de façon inattendue, Regus Patoff (Christopher Waltz), consultant extérieur préalablement mandaté, d’après ses dires, par le jeune patron défunt, pour redresser la société mal en point après l’échec d’une fusion. Le sang est encore frais quand Patoff, cheveux grisonnants quasi peroxydés, tiré à quatre épingles, figure affable mais sourire de guillotine, s’installe dans le bureau directorial. Et met en place sans attendre de nouvelles règles exigeantes qui rendent les salariés corvéables à merci.
De plus en plus omnipotent, il prend les rênes de l’entreprise. "Cost killer" impitoyable et manipulateur, faisant régner une ambiance anxiogène, il licencie massivement avec un seul objectif, sauver CompWare de la faillite imminente. Son mantra: "Improve the business" (Améliorer l’entreprise). L’arbitraire se mêlant à l’incompréhension. Le peu d’informations qu’il distille envers ses employés et même envers son assistante de direction Elaine Hayman (Brittany O’Grady, "The White Lotus") – qui s’est elle-même rebaptisée "coordinatrice créative" - sème peu à peu le doute sur sa légitimité, questionne sur ses origines et ses missions précédentes.
Pour tenter de faire toute la lumière sur le passé et le parcours de Patoff, Elaine va obtenir l’aide d’un ami codeur de jeu en qui elle a confiance, Craig Horne (Nat Wolff). Une enquête d’autant plus indispensable que Patoff semble tout savoir de la vie personnelle et intime de ses salariés, jusqu’à leur faire craindre le pire.
Adaptée du roman éponyme de Bentley Little par Tony Basgallop ("Servant") et Mark Shakman ("WandaVision"), la série colle au plus près au jeu du chat et de la souris entre Elaine et Craig, et Patoff, sadique, maléfique, méphistophélique claudiquant. Un envoyé du diable, ou le Diable lui-même? Pur produit du capitalisme avec son corpus d’or, il accomplit sa tâche sans état d’âme chez CompWare, comme à l’occasion de ses autres missions de consultant qui, chaque fois, se concluent par un pacte faustien avec des dirigeants de start-up en perdition.
Séducteur pervers, glacial et cynique, Regus Patoff trouve en Christopher Waltz un interprète exceptionnel, effrayant et irrésistiblement malveillant. Inoubliable depuis son rôle culte de Hans Landa dans "Inglorious Basterds" de Quentin Tarantino, il imprègne par son jeu la symbolique du Diable et toute l’ambiance de la série.
Peut-être une version augmentée violente d’Elon Musk ou de Marc Zuckerberg? Pleine d’énigmes, de rebondissements et d’humour noir, "The Consultant" pousse loin le curseur des affrontements: à quel prix l’arrivisme et le pouvoir l’emporteront-ils?
The Consultant – 1 saison, 8 épisodes (35 mn) - Prime Video - ****
Créée par Tony Basgallop
Réalisée par Mark Shakman, Alexis Ostrander, Charlotte Brändström, Dan Attias, Karyn Kusama
Avec Christopher Waltz, Nat Wolff, Brittany O’Grady, Aimee Carrero, Sydney Mae Diaz, Michael Charles Vaccaro
Alain Barnoud