Tous les éclats du roman noir sont rassemblés dans ce petit livre de 186 pages. Les auteurs qui prétendent au label devraient d'ailleurs apprendre à endiguer le flot de signes, réduire comme sait si bien le faire Sylvain Kermici le débit du "fleuve noir".
Avec Liz et Joshua, deux enfants perdus du siècle, il nous ramène aux sources du malheur contemporain, là où se fane la jeunesse de nos villes, où se tarissent les larmes et où s'allument pourtant les douleurs de la solitude et du désespoir.
Comme Marc Villard, autre virtuose du blues urbain, Sylvain Kermici est au plus près du réel en décrivant les errances sans espoir de Joshua le rebelle et de Liz, frappée par la schizophrénie. Sans domicile fixe, les sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre s'épuisent peu à peu dans les larcins puis dans le crime. Un long train de nuit dont chaque station offre sa part d'ombre. Pas un mot de trop, un véritable diamant noir.
Tout juste arrivés de Boston à Maple Brook, petite ville (imaginaire) de l’Est du Texas, Sophie et Graham O’Neil (Britanny Snow et Evan Jonigkeit) sont invités à une collecte de fonds pour la NRA (National Rifle Association), organisée par par Margo Banks (Malin Akerman, "Watchmen") et son mari Jed (Delmot Mulroney). Ce républicain jovial, exubérant, dont la famille a fait fortune dans le pétrole, a désormais des ambitions politiques et veut se lancer dans la course au poste de gouverneur.
Lors de cette réunion – et c’est l’intérêt majeur de l’épisode initial de la série qui installe une tension et un suspense prometteur – le nouveau "cadre de vie" du couple se dévoile: Margo va présenter son cercle d’amies, les "hunting wives", chasseuses mondaines, à Sophie, très vite subjuguée par le charisme et les charmes de la meneuse et reine de ce petit groupe, tout aussi agréable que manipulatrice hors pair.
Cette bande – elle sont texanes, elles sont mariées, elles chassent – rassemble des femmes au foyer aisées, hautes en couleur et qui ne travaillent (surtout) pas ("elles ont des maris pour ça"). Sophie, débarquant de sa côte Est avec ses valeurs progressistes, découvre avec étonnement, dans cette ville où les santiags et les chapeaux western sont de mise au quotidien, un mode de vie "trumpiste" propre à heurter ses convictions libérales: théories pro-life, homophobie, xénophobie, puritanisme dévoyé et bigoterie.
Son mépris vis-à-vis de ces femmes ultra-conservatrices durera peu dès lors qu’elle aura été intégrée à leur groupe, attirée et séduite par Margo, si libre, influente et fascinante, qui lui ouvre la porte d’un monde de fêtes nocturnes, de jeux dangereux et de secrets bien gardés.
Dans cette "dynamique de groupe" entre épouses, "The Hunting Wives" se focalise sur la bissexualité de ces chasseuses, couchant presque toutes ensemble, et notamment sur la relation ambiguë sous haute tension sexuelle entre Margo et Sophie.
La découverte du corps d’une adolescente, une pom-pom girl, dans la forêt où ces "hunting wives" s’adonnent à leurs virées nocturnes armées, va tout bouleverser et fissurer vernis et amitiés. Les alliances se défont et les soupçons s’abattent sur Sophie qui devient la cible d’une véritable traque médiatique et sociale, symbolique d’un système où morale et privilèges ne font pas bon ménage.
Chaque épisode va un peu plus loin dans l’excès, dans le délire: rivalités ouvertes ou tues, cocktails et brunchs alcoolisés, bling-bling à la sauce country, obsession des armes à feu, manipulations sentimentales, enquête policière et surtout dérapages sulfureux et sexe.
On retrouve dans "The Hunting Wives" les codes du soap opera, mais aussi ceux de "Big Little Lies", de "Sex and the City" ou de "Desesperate Housewives", sans que ces dernières puissent être objectivement concurrencées par la série texane, souvent peu subtile et s’enlisant trop longuement dans des épisodes de digressions politiques et d’étreintes saphiques.
Une série qui se rachète cependant par sa galerie de personnages, et avant tout celui de Margo – inspiré, paraît-il, par Mélania Trump – qui domine l’écran, imprévisible, égocentrique et volontairement provocatrice, dansant avec Sophie un tango risqué.
Spirale infernale préludant très probablement - pour donner suite à un "double aveu" qui ne convainc pas et à un "accident" dont la dissimulation est difficilement crédible - à une seconde saison. Pourquoi pas?
The Hunting Wives – 1 saison, 8 épisodes (46 à 55 mn) – Canal + - ***
Créée par Rebecca Cutter (d’après le roman éponyme de May Cobb)
Réalisée par Melanie Mayro, Cheryl Dunye, Jennifer Getzinger, Julie Anne Robinson
Avec Britanny Snow, Malin Akerman, Evan Jonigkeit, Delmot Mulroney, Jaime Ray, Katie Lowes, Paul Teal, George Ferrier, Chrissy Metz Alain Barnoud
Ce sont deux générations d'Italiens qu'on découvre dans le roman de Cécile Baudin. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'au début du Vingtième siècle, les compagnies minières qui manquaient de main d'œuvre en Lorraine ne déroulaient pas le tapis rouge pour ces immigrés.
En 1901, Nando se résigne à devenir un bagnard volontaire pour échapper à la mafia, et en 1913, son fils Antonio fait le voyage à son tour, à la recherche d'un père que l'exil aurait transformé en assassin. Cécile Baudin analyse, avec beaucoup de justesse et une sensibilité qu'on avait déjà appréciée dans "Marque de fabrique", les conditions de survie terribles des forçats de la mine.
La reconstitution de cette naissance de la sidérurgie, prometteuse d'avenir radieux en Lorraine, s'accompagne d'une immersion romanesque passionnante.
Dur comme fer - Cécile Baudin – Presses de la Cité – 416 pages – 23€ - *** Lionel Germain