C'est un roman qui semble avoir été écrit dans l'urgence. Alexandra Schwartzbrod y reprend ses personnages shakespeariens, Eli Bishara et Ana Güler, pour tenter de redonner un sens au chaos palestinien. Eli est arabe et Ana est juive, on les a vus dans "Balagan" assumer ce qui aurait pu être un joli "bordel", au sens propre du mot "balagan" en hébreu.
L'urgence aujourd'hui, c'est échapper à la nuit, fuir le tunnel dans lequel s'enfonce Eli en compagnie d'une femme apparemment retournée par le Hamas. Ana s'invite elle aussi à Gaza sur un chantier apocalyptique où la chair des victimes se mêle au ciment des nouveaux maîtres de l'enclave. Malgré le 7 octobre, le champ de ruines palestinien et la folie du monde, Alexandra Schwartzbrod nous laisse espérer la lumière au bout du tunnel. Un roman tendu et incisif sur les ravages de la haine et la puissance résiliente de l'amour.
Les fantômes de Gaza – Alexandra Schwartzbrod – La Manuf, La Manufacture de livres – 208 pages – 13,90€ - ***
Lionel Germain
Lionel Germain
Lire aussi dans Sud-Ouest
