jeudi 15 octobre 2026

Retour de galère


Valérie Terrien nous rappelle un passé bordelais fâcheux dans un roman qui arpente les deux versants de la traite négrière, celui peu glorieux du négociant et celui d'une mémoire qui cherche à se reconstruire. 




Ce retour à l'Histoire se fait en compagnie d'Emma, une héroïne atteinte d'une cécité partielle, héritière bien malgré elle de la fortune honteuse de sa famille, et de Jake, un Québécois afro-américain qui cherche à comprendre le destin de son ancêtre Anya. Comme esclave, elle aurait transité par la ville de Bordeaux et s'il cherche à reconstituer l'itinéraire, c'est peut-être pour identifier ceux qui sont à l'origine de ce mauvais parcours.



Mais Valérie Terrien épice la donne romanesque en faisant d'Emma une travailleuse sociale impliquée dans la vie de Bacalan, un quartier dont la précarité a longtemps été une évidence. Les bandes s'y affrontent et une forme d'esclavage y rejoue sa partition à travers l'immigration clandestine. Une activité qui pourvoie les bras dont le vignoble a besoin et que l'association Ruelle dénonce régulièrement en venant en aide aux victimes.

Nous voilà, au cœur du polar avec ces disparitions inquiétantes de jeunes migrants en situation irrégulière. C'est à travers cette actualité que la rencontre va se faire entre Jacques et Emma la "nyctalope". La jeune femme voit très bien la nuit mais rien le jour à cause d'une amibe dans sa cornée. Une affection imaginaire, comme une licence poétique qui autorise l'action nocturne et la dépendance relative la journée.
 
On peut reprocher au roman le "complotisme" du dénouement et le caractère excessif de ces deux héros. L'un comme l'autre surjouent parfois la douleur ou l'empathie, un peu comme des amis qui en feraient trop. On s'y attache malgré tout, comme on s'attache aux personnages secondaires qui sont souvent des acteurs essentiels à la vie du quartier.

Les aubes sombres de Bacalan - Valérie Terrien – Terres de l'Ouest, polars du Sud-Ouest – 292 pages – 15€ - ** 
Lionel Germain