jeudi 24 septembre 2026

Cocaïne et crustacés


On retrouve dans les "Amateurs" de Yan Lespoux tout ce qui avait fait le charme de "Presqu'îles", son recueil de nouvelles sur le Médoc. L'auteur s'est inspiré d'un fait divers de 2009, quand une cargaison de cocaïne s'était échouée sur le rivage, pour nous entraîner au bord d'un lac, au cœur d'un petit village médocain.
 
Grâce à la caméra sonore d'Hélène, la patronne du bar, on va voir converger dans ce lieu idéal tous les appétits malhonnêtes d'un casting de série B. Avec par ordre d'arrivée au comptoir : "En Ralph Lauren couleur saumon" Jason et sa Smart, le couple romantique Arnaud et Fleur, pêcheurs à pied, Créatine et Temesta, un culturiste et un faux dur, les "ignobles" Bordelais, boucs émissaires de service, et en guest-star incontournable, le vrai mafieux, à l'origine de cette faute professionnelle dont la plage médocaine va profiter. A proximité de la caisse du bar, dans son fauteuil roulant, la mère de la patronne surveille les événements. 



Cette simple énumération peut faire sourire mais c'est sans compter sur les gags qui se succèdent avec bienveillance et provoquent une franche rigolade. Ne nous y trompons pas, Yan Lespoux n'est pas un humoriste. Proche de ces grands auteurs américains capables de transformer les petits bleds du sud des États-Unis en laboratoire de sociologie, sa collection de personnages nous renvoie le miroir de ce que nous sommes avec un effet de loupe qui nous abuse. La cruauté en moins, on songe au Donald Ray Pollock de "Knockemstiff". 


L'auteur flirte aussi avec la littérature de genre sans jamais se soumettre à ses rigidités. La lieutenante Raymond, "négresse" martiniquaise affublée de tous les surnoms racistes imaginables en a marre de Francky Vincent et de Zouk Machine et fait malgré tout le job avec philosophie. Mais surtout, méfions-nous des apprentis gangsters, si le crime est un métier, aux innocents parfois les mains pleines.  

Les amateurs – Yan Lespoux – Agullo noir – 240 pages – 21,50€ - ****
Lionel Germain