C'est une voix qui va nous accompagner sans nous voir puisqu'elle s'adresse avec le "tu" d'usage entre collègues au jeune enseignant dont c'est le baptême du feu.
"Prends la première porte, traverse la cour et descends l'escalier pour nous rejoindre. Tu n'es pas en avance, tu sais."
Nous voici donc au Lycée Célestin Pharamont, un patronyme qui fleure bon la IIIème République, le grand élan colonial et les rumeurs de "ballet rose". Comme dans "Décrochages" le roman de Julien Fyot, Fabrice Sanchez nous promène avec son débutant dans un univers en perdition. Les nouveaux enseignants débarquent dans une nuit de la connaissance où les promesses de l'aube n'engagent que les naïfs.
"Les enfants, nous leur avons donné la parole avant que de leur donner un langage."
Un temps anesthésié par les inspecteurs, "ces princes de l'envol" qui le bercent de "nouvelles" compétences à mettre en œuvre avant de disparaître et de l'abandonner face à la meute hostile, le prof se dissout peu à peu dans sa propre violence, puis refait surface en s'accrochant à une élève qui joue le jeu.
Jusqu'au prochain naufrage, au couteau en classe, au harcèlement, aux collègues dont les enfants sont à Saint-Elme. Jusqu'à la mue enfin, un sadisme désespéré qui permet de rester sur le ring en attendant la visite du ministre pour achever la farce.
"Nous pensions que l'école était un sanctuaire (…) Enseigner aujourd'hui, c'est s'accouder à l'abîme."
Implacable.
Grand Poisson - Fabrice Sanchez – Plon – 380 pages – 21,50€ - ****
Lionel Germain
Lionel Germain
