"Truthstorian", soit historien – autoproclamé – de la vérité, le journaliste citoyen Lee Raybon (Ethan Hawke) est un fouineur crasseux, aussi déterminé que déjanté qui, à ses risques et périls, n’a de cesse de traquer les secrets et la corruption de sa bonne ville de Tulsa, Oklahoma. Anciennement surnommée "capitale mondiale du pétrole", cette cité est sujette à de fortes tensions sociales et raciales.
Lee Raybon, amateur de livres rares, y est propriétaire d’un "magasin" de livres d’occasion et publie le résultat de ses enquêtes dans le magazine "au format long", le "Heartland Press". Il ne peut supporter l’injustice et ne ménage pas les notables et les riches. A commencer par la puissante famille Washberg, qui "tient" la ville, un clan dont il a fait une peinture au vitriol, notamment celle de Donald (Kyle MacLachlan) qui veut se faire élire gouverneur. Coïncidence, son dernier article est suivi du suicide suspect du frère de Donald, Dale (Tim Blake Nelson), le mouton noir de la famille, marié à Betty Jo (Jeanne Tripplehorn), et homosexuel "resté dans le placard".
En cherchant ce qui a poussé cet homme à commettre l’irréparable, notre journaliste justicier, jean étroit, Stetson râpé et lunettes noires, soupçonnant un meurtre commandité, va découvrir une société d’investissement dont l’un des membres est un impitoyable tueur, ainsi que des indices laissés par Dale implorant qu’on enquête sur sa mort.
C’est alors pour Lee Raybon le début d’une spirale infernale dans une affaire hors de contrôle qui mélange gros méchants, bras cassés, corruption, secrets glauques et trahisons mais révèle aussi une belle peinture de la relation entre Joe, père divorcé et protecteur, et sa fille Francis de 13 ans (Ryan Kiera Armstrong).
Nous sommes tout à la fois dans le monde des frères Coen ("The Big Lebovski"), avec son humour absurde, sa galerie de personnages hauts en couleurs, et dans celui de Tarantino et de David Lynch.
Mais l’empreinte majeure reste celle des grands auteurs de polars noirs ou néo-noirs dont la figure essentielle, dans la série, est Jim Thompson, lui-même natif de l’Oklahoma. L’ensemble de son œuvre jouera d’ailleurs un rôle prépondérant dans l’enquête de Joe, avec l’aide que lui apportera sa fille.
Chronique urbaine et satire sociale se fondent, dans une atmosphère très sombre, au fil d’une intrigue qui dénonce sans concession la corruption politique, les rivalités familiales et, surtout, les injustices historiques subies par les indiens.
Sterlin Harjo, créateur, producteur et réalisateur de la série - il avait déjà signé les trois saisons de "Réservation Dogs" - est très attaché à l’Oklahoma, lui qui est issu de la nation séminole avec une ascendance muscogee. Deux des nations indigènes déportées par le gouvernement américain en Oklahoma.
Son personnage de Lee Raybon est très librement inspiré du journaliste Lee Roy Chapman ("This Land Press") connu pour avoir enquêté sur les massacres des peuples autochtones et fait des révélations explosives sur des personnalités controversées de Tulsa.
Un formidable Ethan Hawke - près de cent films dont "Le cercle des poètes disparus" et "Bienvenue à Gattaca", ainsi que la série "The Good Lord Bird" - habite totalement le personnage de Lee qui n’a que faire des règles éthiques de base du journalisme. Convoqué à une réunion avec quelques-uns des parvenus et notables de la ville, il proclame, droit dans ses bottes, sa foi de véritologiste:
"Je lis des trucs. Je cherche des trucs. Je vais un peu partout. Et je trouve des trucs. Ensuite, j’écris des articles sur ces trucs. Y’a des personnes que ça intéresse. D’autres pas. Je suis le plus souvent au chômage et toujours fauché. Mais je suis obsédé par la vérité".
The Lowdown – 1 saison, 8 épisodes (40-59 mn) – Disney + - ****
Créée et réalisée par Sterlin Harjo
Avec Ethan Hawke, Ryan Kiera Armstrong, Kaniehtiio Horn, Tim Blake Nelson, Jeanne Tripplehorn, Kyle MacLachlan, Keith David, Peter Dinklage
Alain Barnoud