Réunis dans un palace genevois à l’été 2015, les représentants des États-Unis, de l’Iran, de l’Union Européenne, de la Russie et de la Chine entament un nouveau round de négociations sur le nucléaire iranien. L’état perse, soupçonné de développer en secret l’arme atomique, renoue le dialogue avec l’Amérique afin de négocier un assouplissement des sanctions à son égard pour tenter de calmer la révolte grondant au sein de la population.
En un condensé, ces pourparlers sous haute tension, les coulisses de ces négociations, c’est par les yeux et via le point de vue inédit d’Alexandra Weiss (Veerle Baekens), chef de la mission diplomatique suisse, que nous les vivons. Entre conversations "walk and talk", et "back channels", ces réunions bilatérales loin de la salle de réunion officielle.
"Facilitatrice" à un poste stratégique, courant sans cesse, discrète, puissante et évoluant sur un fil, elle tente de maintenir un équilibre fragile entre les parties qui manœuvrent en coulisses.
Elle sert aussi de point d’entrée et de guide dans ce récit captivant où les grandes puissances s’affrontent à coups de regards mesurés et de phrases calibrées.
Dans le jeu de dupes où chaque camp entend obtenir le meilleur d’un hypothétique accord, l’échiquier rassemble autour de la table Moshem Mahdavi (Anthony Azizi) ministre réformateur des Affaires Étrangères iranien, muselé par les Gardiens de la Révolution, la sous-secrétaire d’État aux affaires politiques du gouvernement Obama, Cindy Cohen (Juliet Stevenson), résolue à arracher au plus vite un "deal" équitable qui évitera une guerre Israël-Iran, l’Union Européenne qui, désespérément, cherche à peser sur les enjeux, et la Chine et la Russie en observateurs attentifs. Enfin Israël, présent secrètement par le biais du Mossad, entend bien torpiller cette réunion par tous les moyens.
La série ne va cependant pas manquer d’une touche de romanesque, insufflée par le réalisateur Jean-Stéphane Bron et sa co-scénariste Alice Winocour ("Revoir Paris", "Proxima") lorsque arrive de façon inattendue à Genève Payam Sanjabi (Arash Marandi), un ingénieur iranien, ancien amour d’Alexandra à Téhéran, dont la vie est en danger, pris en otage au sein de la délégation iranienne.
Pour le protéger de la mort, Alexandra ira-t-elle jusqu’à "mettre un coup de canif" dans l’inébranlable neutralité suisse?
Outre nous plonger dans les coulisses d’un huis clos explosif, la volonté des deux auteurs est de montrer avec clairvoyance que la réalité diplomatique est intimement liée aux failles, aux émotions, aux trajectoires de ceux qui y participent, en particulier Cindy Cohen, Moshem Mahdavi et Alexandra Weiss bien sûr.
Sept années d’écriture ont été nécessaires pour aboutir à "The Deal", en s’appuyant sur l’imposante documentation des tractations de 2015 et en suivant les conseils de diplomates et de policiers présents à l’époque à Genève.
En un an et demi, un casting de haut vol a été rassemblé, à commencer par l’impeccable Veerle Baetens, inoubliable dans "Alabama Monroe" et magistrale dans "Plaine Orientale", Juliette Stevenson à la très large palette de jeu, et Anthony Azizi en Moshem Mahdavi tourmenté.
Entretenant un suspense permanent, Jean-Stéphane Bron s’approprie avec brio tous les codes du thriller pour dérouler le récit d’une histoire qui se joue sur deux tableaux, l’avenir du monde et, celui plus prosaïque, des négociateurs.
Ayant eu l’intuition de pouvoir raconter un moment de bascule, il conclut: "Ce n’est pas une série sur l’actualité ou dans l’actualité, mais sur un instant fragile, où la diplomatie croyait encore dans le langage, dans les mots et le sens partagé que nous leur donnons".
The Deal – 1 saison, 6 épisodes (46 mn) – Arte.Tv - ****
Créée par Jean-Stéphane Bron, Alice Winocour, Eugène Riousse, Julien-
Guilhem Lacombe, Stéphane Mitchell, Valentine Monteil
Réalisée par Jean-Stéphane Bron
Avec Veerle Baetens, Juliet Stevenson, Arash Marandi, Anthony Azizi, Fenella Woolgar, Alexander Behrang Kashtkar, Sam Crane, Richard Lintern, Marthe Keller, André Marcon
Alain Barnoud
Alain Barnoud

