Sur le podium où elle vient d’être couronnée Miss Blackpool 1964, Barbara Parker, jeune ouvrière dans une usine de sucres d’orge, réalise en quelques secondes, avec un aplomb sidérant, qu’elle refuse d’être une potiche. Après avoir remis sa couronne à sa dauphine, Barbara, qui ne compte pas se laisser réduire à sa seule beauté, et qui rêve plus grand que son statut de jolie blonde, boucle ses valises pour gagner Londres.
Elle y ambitionne de devenir actrice (humoriste) à la télévision, laissant derrière elle un fiancé, "le plus beau boucher de la ville", et un père éperdu de tendresse pour sa petite fille montée en graine. Dans la capitale, elle devra se contenter d’un job de vendeuse, la ville lumière qu’elle découvre n’étant pas aussi fantastique que celle dont elle a entendu parler et qu'elle a vue à la télévision.
Son destin bascule lors d’une audition pour une "soap comedy" télévisée, un de ces feuilletons, excroissances de théâtre de boulevard, tournés à la chaîne, où son esprit sans compromis lui permet d’obtenir le rôle. Ainsi commence à se matérialiser son rêve de se réinventer et de s’imposer dans le monde des sitcoms, grâce à celle-ci, "Barbara(and Jim)", qui aura, pendant de longues années, un incroyable impact sur la comédie britannique.
Rebaptisée Sophie Straw, Barbara, de ses débuts à sa consécration londonienne d’icône de l’humour britannique dans cette série de la BBC, nous conte son ascension incertaine dans un univers très masculin, moquée pour son accent prononcé, mais personnage entier à la détermination sans faille.
Dans ce Londres des "swinging sixties" où tout change, où tout est bouleversé, la série dresse un état des lieux de la façon dont le féminisme s’est installé, tout comme de l’émergence des clubs gays et de la culture homosexuelle.
Pionnière dans un milieu machiste, à l’époque d’une Angleterre raciste, sexiste et homophobe, Barbara-Sophie s’affirme comme une héroïne à laquelle on s’attache immédiatement. Et qu’interprète superbement Gemma Arterton ("Tamara Drew", "The King’s Man", découverte en France en 2014 dans l’hilarant et subtil "Gemma Bovery" avec Fabrice Luchini), humaine, pétillante et rayonnante de bout en bout, ingénue mais pas imbécile, à l’inépuisable énergie comique. "Funny Woman" est véritablement un "festival Gemma Arterton", et aussi un hommage à une aventure de femmes qui, telles que Barbara Parker, feront avancer la cause féminine.
Autour d’elle une galerie de personnages secondaires apportent beaucoup à l’histoire: Clive Richardson (Tom Bateman), Don Juan d’opérette, Ted Sargent (Alistair Petrie), patron puritain, Bill Gardiner (Matthew Beard), scénariste gay coincé, Tony Holmes (Leo Bill), co-scénariste bisexuel, Dennis Mahindra (Arsher Ali), metteur en scène sous tension, Marjorie (Alexa Davies), coloc suffragette, Diane Lewis (Clare-Hope Ashitey), amie journaliste noire, et Brian Debenham (Rupert Everett, grimé à souhait), vieux manager révélateur de talents. Récit enrobé dans une playlist d’enfer des grands tubes anglais des sixties et de Françoise Hardy.
L’intrigue est l’adaptation, par Morwenna Banks, du roman de Nick Hornby, "Funny Girl" (sans lien avec le film éponyme de 1968 de William Wyler). Adoptant un ton qui mêle autodérision, candeur et gravité, "Funny Woman", au réel charme suranné et aux décors et costumes somptueux, recrée avec fougue la frénésie des années 60 et les vibrations nouvelles d’une société en pleine mutation. Pour les "ex-fans des sixties", mais pas exclusivement.
Funny Woman – 2 saisons, 10 épisodes (45 mn) – Ciné+ OCS - ***
Créée par Morwenna Banks
Réalisée par Oliver Parker
Avec Gemma Arterton, Tom Bateman, Alistair Petrie, Matthew Beard, Leo Bill, Arsher Ali, Alexa Davies, Clare-Hope Ashitey, Rupert Everett, Morwenna Banks
Alain Barnoud
Alain Barnoud